Les frères Paris
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Cet article est une étude fouillée mais non complète sur la vie de Claude Paris dauphinois de cœur et du plus profond de son âme. La documentation tirée des archives départementales de Grenoble, de la bibliothèque Lyautey et autres documents municipaux ou privés, sont précis et exactes. Les événements qui entourent la vie dauphinoise de Claude Paris éveilleront peut-être l’intérêt d’un chercheur qui trouvera dans cette base de données, l’histoire bien vivante d’un des quatre frères ainsi que quelques anecdotes sur les trois autres. Il est curieux de constater la richesse d’imagination que certains hommes déploient pour dépeindre ce que fut leur riche vie. Toutes ces légendes mêlées à la réalité, sont fascinantes et font parfois sourire mais qui dans le passé ont embrouillé même les plus savants. En voici trois exemples parmi tant d’autres et comme l’a souvent dit Claude, « nos commencements ne furent pas aussi petits qu’on a souvent affecté de le répandre dans le public. »
Avertissement au lecteur :' L’orthographe des textes qui sont reproduits dans cette étude a été scrupuleusement conservée et respectée. Elle pourra donc surprendre le lecteur, mais cela montre que la langue française, comme toute autre langue d’ailleurs, a continuellement évoluée.
On faisait alors un grand usage de la lettre « y » Le Roy, moy luy, ainsi que du « h » Anthoine etc. Par contre il n’y avait pratiquement pas d’accents ni de ponctuation. Pour la compréhension des textes, il a été ajouté une certaine ponctuation et des majuscules, dont l’emploi était à l’époque des plus fantaisiste. Ce n’est que récemment, pratiquement au 19e siècle, que la grammaire française a fixé définitivement le rôle des accents, de la ponctuation, et des accords auxquels nous sommes habitués, alors que le lecteur ne soit pas trop surpris par les textes présentés. De plus de nombreux mots ont disparu : les unités de mesure, remplacées par le système métrique à la Révolution, le nom des objets, des cultures, des animaux, des tissus…
Biographie
(Discours et réception de M. le Comte de Crécy à l’Académie Delphinale. Archives départementales PER 942/99 )
« Jehan Trenonay, natif de Tours, vint s'installer à Moirans à la suite d’un mariage dauphinois. Il est élu consul en 1590. Il transforme en auberge une partie du logement peu étendu (une modurière et demi soit 200m carré au sol) qu’il avait édifié sur un terrain loué aux Cordeliers. L’auberge est à la porte de la montagne et les Cordeliers sont fils de St François, d’où peut-être le libellé de l’enseigne « A la Montagne de St François » Jacques, son fils, châtelain de Moirans en 1643, époque ou la peste ravage la ville, avait arrenté l’auberge à un professionnel, veuf de bonnes heures de Catherine Berlorin, il épouse en secondes noces Aymare Dufresne, fille d’un maître de Poste du Pont-de-Beauvoisin. » Dont un fils Abel et une fille Justine.
Preuve de la filiation Paris...
1603 : Requête présentée aux commissaires chargés de procéder à la réunion du domaine par Jonas Paris, fils et héritiers d’Antoine Paris, notaire royal, lequel avait acquis le greffe de Moirans à Isabeau de Jacquellin, veuve de Joffey Richard (qui lui-même l’avait acquis en 1573)
Testament d’Antoine Paris, notaire royal, le 5 novembre 1602, estant destenu dans l’infirmité de malladie corporelle. ( plus ou moins lisible) (Source : Archives Départementales de l’Isère série B 4546)
Maître Eymin, notaire (A.D.I 3 E 1627)
Investiture et quittance passé par Anne Rozier vefvue de feu Me Jean Trenonay (folio 13) Quittance par Anne Ronzier, comme héritière des droits seigneuriaux du prieuré de Moyrans à Claude Roche (folio 30 et 45) Transaction d’entre damoiselle Laurence Morard vefvue de Jonas Paris en qualité de mère et administresse de Louize, Jeanne, Isabeau , Antoine et Justine Paris d’une part et Anthoine Paris d’autre (folio 128 et 182) Compromis d’entre honneste femme Françoise Marchand vefvue de feu sieur Anthoyne Paris, mère et curatrice de ses enfants d’une part et les consuls et communauté de … (folio 182)
Contrat de mariage de Jean Paris et Justine Trenonay
Au nom de Dieu soit que l’an de grace mil six cent soixante cinq et le vingt sixième jour de moys de may appres midy par devant moy notaire royal dalphinal héréditaire escripvant soubsigné et présent les témoins soub nommés se sont establit en leur personne sieur Jean Paris fils de feu Thomas, marchand du lieu de Charnècles mandement de Rives habitant à Moyrans d’une part et damoiselle Justine Trenannay fille de sieur Jacques chastellain du dit lieu de Moyrans et de damoiselle Eymare du Fresne du dit Moyrans d’autre, lesquels de leur bon gré et l’advis et conseil de leurs parents et amis cy bas nommés, mesme le dit sieur Paris de l’advis de damoiselle Marie Trollier sa mère et sieur Pierre Trollier procureur héréditaire en la Cour et de sieur Augustin Trollier ses oncles maternels et de sieur Estienne Paris son frère et la dite damoiselle Trenannay de l’advis de ses père et mère et autres parents et amis soub nommés tous icy present, se sont promis se prendre et espouzé l’un l’autre du premier requerant. Vu qu’ils n’ont faict par le passé ny pretendent faire à l’advenir aucune chose quy puisse empecher l’effet et célébration du présent mariage et parcequ’il est de coustume de payer et dotter leur femme pour plus facillement supporter les charges du mariage et à cette cause c’est estably en personne le dit sieur Jacques Trenannay père de la dite future espouze, lequel de son bon gré a donné et constitué en dotte à la ditte damoiselle Trenannay sa fille future espouze et pour elle au dit sieur Paris son futur espoux à sçavoir la somme de deux mille quatre cent livres et la somme de trois cent livres pour habits, bagues ou fardel, payable la dite somme de deux mille quatre cent livres ensemble le dit fardel le jour des noces, comme aussy c’est personnellement establie la dite damoiselle du Fresne mère de la dicte future espouze laquelle de son bon gré et ayant le présent mariage agréable et de l’advis du dict sieur Trenonnay son mary, a donné et constitué en augmentation de dotte et pour elle au dit sieur Paris futur espoux, à sçavoir la somme de trois cent livres payable aussy le jour des noces lesquelles constitutions et dotte faicte par les dits sieur Trenonnay et du Fresne mariés, des sus dites sommes pour tous droicts paternels et maternels en quoy qu’ils consistent lesquels la dite future espouze à l’advenir et son dict futur espoux a quitté ses dits père et mère de tous droicts et prétentions qu’elle pourroit avoir de présent et à l’advenir sur leurs biens. Comme aussy le dit sieur Paris futur espoux a donné à la dite damoiselle Trenonnay sa future espouze pour bagues et joyaux la somme de quatre cent livres de laquelle somme la dicte future espouze en pourra disposer à la vie à la mort au profit de quy bon luy semblera et parce que touttes constitutions de dotte requier augment à ceste cause se sont establie les dicts futurs mariés lesquels de leurs bons grés de l’advis que dessus se sont donner pour augment en survie, sçavoir le dict futur espoux à la dite damoiselle future espouze pour augment et survie la somme de quinze cent livres et réciproquement la dicte future espouze a donné la somme de sept cent cinquante livres desquels augments et survie les dits futurs mariés n’en pourront dispozés qu’en faveur des enfants qui naitront du présent mariage, et en cas de restitution de dotte advenant que Dieu ne veulle, le dit futur espoux a promis d’icelle rendre et restitué à quy de droict appartiendra. Ainsy promis, juré par les dictes parties avoir et maintenir tout le contenu au présent et ne venir au contraire directement et indirectement en jugement, le tout à paine de tous despans dommages et interets, soubs et avec les autres clauzes en tel cas requisent, faict et passé au dit Moyrans, maison du dit sieur Trenonnay en présence des sus nommés et de messire Simond du Faure, prieur de Montrond et curé du dit Moyrans, messire Gaspard de Simiane seigneur de la Coste de Moyrans, mareschal de camp et armée de sa Majesté et lieutenant général de l’artillerie de Dauphiné, Me Sébastien Pellissier procureur héréditaire en la Cour de Parlement, monsieur Me François Pellissier advocat en la Cour, sieur Estienne Paris Treffonds fils de feu Anthoine, sieur Anthoine Paris fils de feu François, tous du dit Charnècles, Me Jean Teyssier procureur héréditaire en la Cour de Parlement, Me Henry Barnier notaire royal du dict Moyrans, monsieur Me Pierre Flamman docteur en médecine, sieur Jacques Revol et honneste Anthoine Bonardon praticien de Vourey, tesmoingts requis et signes en l’original avecq les dites parties et donnateur sauf la dicte damoiselle du Fresne pour ne sçavoir escrire de ce enquis et requis, aussy Paris, Justine Trenonnay, Marie Trollier, Sr Trennanay ,Faure curé de Moyrans, de Simiane, Flamman, Trollier, Trollier, Paris la Montagne.
Acte de mariage Jean Paris et Justine Trenonay du 26.5.1665 à Moirans
« Ce sixième jour de juin mil six cent soixante cinq j’ay espousé sieur Jean Paris fils de feu Anthoine et de dame Marie Trollier, mariés, marchand de Charnecles habittant à Moyrans et Justine Trenannay fille de sieur Jacques châtelain de Moyrans et de damlle Eymare du Fresne mariés, ensuite de la disppence de monseigneur l’évesque prince de Grenoble de deux bans en datte du second present mois et an et neanmoingt appres une proclamation que j’ay cy devant faite et ce fait en presence du dit sieur Trenannay père de la dite Justine, sieur Pierre Lovat oncle de la dite Justine, Me François Pelissier advocat à la Cour ,Me Jean François du Fresne, sieur Augustin Trollier oncle du dit Paris, Sr Anthoine Paris et sieur Jean Trenannay cy soubsigne avec les dits époux. »
Jean Paris et Justine Trenonay sont tous deux issu de la bourgeoisie d’une petite ville du Dauphiné. Ce fut comme le dira un des ses fils un mariage arrangé. Jean dit la Masse, du nom d’un domaine sis à Charnècles est un marchand bourgeois, donc un négociant en gros qui fait en même temps de la banque de façon limitée. Ces deux fonctions étant inséparables au XVIIe siècle. Il est fils de Thomas Paris, lui-même marchand et ses deux frères Etienne et François sont aussi marchands. Une affaire de famille en quelque sorte. Sa mère Marie Trollier est d’une honorable famille de Moirans.
Ce douziesme febvrier 1668 j’ay baptisé Anthoine Paris fils de Jean et de Justine Trenonay la Montagne de la paroisse de Moirans, le parain Antoine Paris et la maraine damoiselle Marie Trollier, le sus dit anfan né le mesme jour du dit mois à sept heures du soir, le tout fait en présance de sieur Pierre Paris de Treffont, sieur Estienne Paris d’Avancourt, sieur François Paris et sieur Pierre Aguillion et de sieur Louis Laguillionniere.
Le douziesme aoust 1670, j’ay baptisé Claude Paris fils de Jean Paris marchand habitant Charnècles et de damoiselle Justine Trenanay le sus dit fils né le sept du presant mois à dix heures du mattin. Le paraing Sr Claude Morard, marchand de Voyron, la marraine damlle Catherine Eymin femme de Pierre Lovat de ce lieu.
Testament d’Aymare du Fraisne
Me Lovat 3 E 1985 (A.D.I ) Extrait : 16.2.1675 Testament de Aymare du Fraisne femme de sieur Jacques Trenaunay, bourgeois de Moyrans, laquelle estant destenue de malladie corporelle estant dans son lit, bien dispozé des ses sens mémoyre et entendement. Elle a fait son dernier testament nuncupatif. Ordonnant la sépulture de son corps dans l’église parrochialle du dit Moyrans Donne et lègue à messire Pierre Chomel, prestre, la somme de onze livres, le priant de prier Dieu pour le salut de son ame Donne et lègue à la chapelle du Rosaire, la somme de onze livres, pour réparation de la ditte chapelle. Lègue au couvent de St Francois la somme de six livres pour douze messes qui seront célèbres par les prestres Donne au couvent des reverents pères Capucins de Grenoble la somme de onze livres pour prier Dieu pour le salut de son ame. Donne et lègue à Louyse Trenaunay sa fille religieuse au monastère de Ste Ursule de Tullins, la somme de onze livres. Item donne et lègue au père Joseph Trenaunay religieux de l’ordre de St Anthoyne, son autre fils la somme de vingt deux livres. Item donne et lègue à Abel Trenaunay son autre fils la somme de cinq cent livres. Item donne et lègue à Catherine et Justine Trenaunay ses filles et femmes de Me Sébastien Pelissier, procureur héréditaire en la Cour de Parlement Aydes et Finances de Dauphiné et de Jean Paris, marchand de Moyrans, au chacune d’elles la somme de troys cent livres quelle leur à constituée à la chacune en leurs contrats de mariage, et cent livres payable une année après son décès. Outre donne et lègue à la chacune d’icelle une ou deux chayne d’or qu’elle a, dont elle confie le choix à l’aynée. A fait créer et instituer pour son héritier universel monsieur Me Jean Tranaunay son autre fils, advocat au dit parlement.
Joseph né le jour d’hier (9 avril 1984) a esté baptisé ce dixiesme des sus dits. Parrain monsieur Me Joseph Devoyse advocat en parlement et la marreine damoyselle Justine Lovat.
Ce premier aoust mil six cent quatre vingt dix est né Jean Trenanay et a esté baptisé le troisiesme de ce mois. Parrein sieur Anthoine Paris advocat en parlement, marreine damoyselle Marie Fayolle de Grenoble.
Ecrit de M. Rochas...
C’est en 1690, pendant la guerre faite par le maréchal de Catinat à Victor-Amédée, duc de Savoie. Le service des vivres avait été établi en Dauphiné et le munitionnaire Jacquier y fut envoyé en qualité de directeur général. Arrivé à Grenoble vers la fin de décembre, celui ci ne tarda pas à s ‘apercevoir qu’il lui était impossible de remplir les instructions dont les ministres l’avaient chargé. Les grains des frontières d’Italie consommés pendant la dernière campagne n’avaient point été remplacés ; la rigueur de l’hiver rendait les rivières impraticables, et, eussent-elles été navigable, il n’y avait sur l’Isère que 18 bateaux, à peines suffisants pour le service des gabelles et les besoins de la province. Jacquier confia son embarra à l’aubergiste Paris, homme actif et intelligent et lui demanda conseils. Antoine Paris son fils aîné, âgé de 22 ans se rendit à Lyon, propose aux magistrats de céder les blés conservés dans les magasins, à condition qu’ils seraient remplacés immédiatement après le dégel par ceux que les glaces retenaient en Bourgogne. On dispose le transport par terre, six mille sacs couvrent le chemin de Grenoble. Pendant que cette opération s ‘exécute, le jeune Claude Paris est déjà dans le Vivarais, où il achète mille mulets destinés aux équipages de campagne ; ils arrivent en Dauphiné, chargés de 3000 sacs de blé. La rigueur de la saison rendait toujours les rivières inutiles. Cet obstacle va disparaître ; les bateaux marchent par convois : cent hommes leur ouvrent un canal en rompant la glace. Pour augmenter la navigation, on abat les forêts des montagnes de Sassenage. Les bois nécessaires à la construction de 200 bateaux descendent dans la plaine ; il arrive des chanvres de toutes parts, on les convertit en cordages, ailleurs, on prépare des tentes, tandis que les voitures déchargent les ferrements. Les 200 bateaux furent en pleine navigation en quelques semaines. Les services que l’activité et l’intelligence d’Antoine et de Claude Paris venaient de rendre, ne furent pas de suite récompensée malgré que le munitionnaire, avec une loyauté assez rare eût cherché de leur en laisser tout le mérite. ( Ils avaient excité la jalousie de Bouchu, intendant du Dauphiné.
Sources : A.D.I ROCHAS : biographie du Dauphiné d’après Luchet, Histoire de messieurs Paris.
Ecrit d’Antonin Macé de Lespinay...
Professeur d’histoire à la faculté des lettres de Grenoble.
Avril 1863, Messieurs...,
La communication que j’ai l’honneur de vous faire parvenir aujourd’hui n’est pas un travail complet sur les quatre célèbres frères dont l’influence a été si considérable pendant le XVIIIe siècles. Ce n’est à bien dire, que le plan, le programme, le prud’homme d’un travail bien plus étendu que je prépare et médite depuis longtemps, pour lequel j’ai rassemblé déjà de nombreux documents, mais pour lequel il reste encore beaucoup à recueillir et que j’exécuterai quelques jours, aussi promptement et aussi complètement que je le pourrai. Voici comment m’est venu l’idée de ce travail, en étudiant, pour mes leçons de cette année, les écrivains du XVIIIe, les mémoires de Duclos, du marquis d’Argenson, de Saint Simond, du duc de Luynes, la correspondance de Voltaire et le journal de Barbier, les historiens de la même époque, Mouffle, d’Augerville, Lacretelle, Lemontey, Sismondi , M.M. Martin, Thiers et Levas pour une partie. Je rencontrais à chaque pas, le nom, l’action, l’influence de ces quatre illustres financiers dauphinois, important et influents, non pas seulement comme financiers, mais comme personnages politiques, liés avec tous les hommes éminents du dernier siècle, protégés dans les premières années par le duc de Bourgogne, et qui, après avoir été tous puissants sous le ministère de M. le duc de Bourbon furent plus tard correspondants du maréchal de Richelieu, du comte de Saint Germain, du cardinal de Bernis, protégés de la duchesse de Châteauroux et de Mme de Pompadour. Furent les protecteurs de Voltaire et de Beaumarchais. D’un autre côté, en lisant ce qu’en disent, soit les contemporains soit les écrivains plus récents, je rencontrais d’étranges contradictions, je ne dis pas seulement dans le jugement qu’ils portent sur le compte des quatre illustres frères, sur leur rôle politique et sur les résultats de leurs mesures, ce qui n’a rien d’étrange, et il n’y a pas un homme politique ayant joué un certain rôle sur le compte duquel nous ne rencontrions pas des jugements tant aussi opposés, mais ce qui est plus bizarre, sur le lieu de leur naissance, sur leur origine, sur le point de départ de leur fortune financière ou politique, sur les mesures que l’on doit réellement leur attribuer, soit pour leur en faire un titre de gloire soit pour en faire contre eux des chefs d’accusations. Ceci m’inspirait de plus en plus le vif désir de voir claire dans toutes ces questions, et d’apprécier enfin avec l’impartialité que nous pouvons montrer aujourd’hui, nous qui sommes si loin de tous ces faits et étrangers aux passions qu’ils suscitaient, quatre personnages historiques qui assurément quelque puisse être le jugement définitif porté sur leurs comptes, ne furent pas des hommes médiocres et qui tiennent un des premiers rangs dans la galerie des hommes d’Etat du XVIIIe siècles… J’eu la bonne fortune de rencontrer un de mes collègues de l’Académie Delphinale, un archéologue très distingué, M. Fernand de saint Andéol, appartenant comme une foule de personnes de nos contrés à l’une des branches de la famille Paris et qui a mis à ma disposition un mémoire manuscrit très précieux, très curieux, adressé par l’un des quatre frères, Paris la Montagne, au cardinal Fleury, après la disgrâce dont ils avaient été frappés en 1726 et après la chute du duc de Bourbon et de Mme Prie sous lesquels ils avaient été puissants…….. A ces premiers documents, très précieux et très utiles, sont venus s’en joindre d’autres. M. Gabriel, conservateur de la belle et riche bibliothèque de Grenoble, m’a confié un magnifique volume manuscrit de sa bibliothèque particulière, rédigé également par Paris la Montagne, qui paraît avoir été l’écrivain de la famille quoiqu’il ne fut pas bien fort sur l’orthographe et dans lequel on reprend, en 1729, la plus part des faits contenus dans le manuscrit de saint Andéol, mais avec plus de développement et sous une autre forme, attendu que le manuscrit de M. saint Andéol est une apologie de la conduite politique et financière des frères Paris adressé par l’un d’eux au cardinal de Fleury tandis que celui de M. Gabriel est un discours de Paris la Montagne à ses enfants sur sa conduite et celle de ses frères dans les principales affaires politiques auxquelles ils avaient pris part. Enfin M. Boclu m’a confié 15 lettres originales du plus célèbres des quatre frères, Paris Duverney, écrites en 1742 et 1743, c’est à dire pendant la terrible guerre pour la succession d’Autriche, à plusieurs officiers généraux, lettres ou l’illustre financier ne se borne pas à donner d’utiles renseignements pour l’approvisionnement des armées engagées en Bohême, questions qu’ils connaissaient mieux que personnes, mais ou il trace des plans de campagnes et des opérations stratégiques, ce qui était une de ses manies dont le maréchal de Noailles, se moquait, comme nous le verrons dans une anecdote rapportée par Duclos et d’Argenson…… Jean Paris était un riche bourgeois et consul de Moirans, c’est à dire maire de sa commune, que leur mère Justine Trenonay La Montagne, était fille de notaire. Le plus célèbre, Joseph Paris Duverney ( du nom d’une propriété et non pas comme le prétend Barbier, de son habileté à nettoyer les verres du cabaret.) La Biographie Universelle, sans que l’on puisse deviner ou elle est allée chercher ce fait, place le lieu de la naissance des Paris, à Moras, localité du département de la Drôme, suivie par plusieurs historiens. C’est bien autre chose encore lorsque l’on étudie le très piquant, le très curieux mais très méchant récit de Saint-Simon, que tout le monde sait par cœur, sur l’origine de la fortune des célèbres financiers, et toute cette mise en scène si piquante à laquelle il ne manque qu’une toute petite chose, la vérité que l’écrivain, grand seigneur, a imaginé avec un art inimitable. « Ils étaient, quelques années auparavant, au commencement du siècle, lors des premières campagnes de la guerre de succession d’Espagne, quatre grands garçons bien faits, aidant leur père à servir les voyageurs dans un cabaret esseulé, ayant pour enseigne « A La Montagne » et situé au pied des Alpes, ce fut dit Saint-Simon, le point de départ de leur fortune. A des commis fort embarrassés pour faire passer des vivres à l’armée du duc de Vendôme en Italie ou les chemins sont longs et difficiles, qu’eux seuls connaissaient et par lesquels ils dirigeaient des convois qui sauvèrent l’armée, alors les munitionnaires s’intéressent à eux, le duc de Vendôme les prie sous sa protection, et peu à peu, entreprenant pour leur propre compte, ils commencèrent leur prodigieuse fortune » Voilà le petit roman, sur lesquels Duclos, Barbier, Bresson, Thiers, Martin, Levasseur et Clément ont écrit des variantes…. Les quatre frères ne furent pas eux-même les auteurs de leur fortune ; leur père en avait acquis une déjà considérable à une époque ou Paris Duverney n’avait que six ans et ou Paris Montmartel était à peine né. Dés 1690, au moment ou Catinat, alla dans le Piémont gagner la victoire ; Jean Paris père, avait pris la charge d’approvisionner l’armée de l’illustre maréchal, que lui et ses deux fils aînés, âgé l’un de 22 l’autre de 20 ans, avaient acheté des bleds dans le lyonnais, le Vivarais et le Dauphiné ; qu’ils établirent des moulins sur l’Isère, achetèrent des mulets, construisirent jusqu’à 500 bateaux avec des bois abattus par eux dans les montagnes de Sassenage, ils eurent jusqu’à 800 employés sous leurs ordres, qu’ils firent venir des mariniers d’Arles et de Marseille, que la navigation sur l’Isère devine grâce à eux, si active, que les classes de la marine établies par Colbert purent se lever sur cette rivière ; que se fut grâce à eux, que l’on put approvisionner non seulement l’armée de Piémont, mais celle que sous les ordres de St Rutt, d’abord, puis de Catinat, fit pendant 15 mois le siège de Montmélian et que dès 1690 Louvois, sur le rapport de Catinat nomma Jean Paris et ses deux fils aînés directeurs des vivres. Cela ne ressemble guère à de pauvres hôteliers que Saint-Simon nous représente tenant un cabaret esseulé avec ses quatre fils, au pied des Alpes, tant loin de tous villages et de tous hameaux, c’est moins piquant ; soit, mais c’est plus réellement grandiose. C’est l’histoire à la place du roman. En 1693, lors de cette terrible famine qui inspira Fénelon, cette éloquente, terrible et en grande partie injuste lettre qui fit tant de bruit lorsqu’il y a une quarantaine d’années M. Renouard en acquis l’original dans une vente, les Paris furent les sauveurs du Dauphiné, où ils firent répandre à prix raisonnable des blés qu’ils faisaient acheter sur les côtes de la Mer Noire, venir à Marseille et de là, les transporter dans leur province natale…. (Source : bibliothèque Lyautey Grenoble R 7540)
Ecrit de Claude Muller (Les mystères du Dauphiné )
Quand Jean Paris, qualifié d’obscure aubergiste, par le mémorialiste Saint Simon, épousa Justine Trénonay en 1665, il ne se doutait certes pas que de ce mariage allaient naître des enfants qui connaîtraient une vie exceptionnelle, devenant immensément riches, pesant de tout leur poids sur les destinées de la France. Jean, surnommé de la Masse, avait vu le jour à Charnècles, son union avec Justine arrangeait bien ses affaires : elle lui apportait, outre ses charmes personnels, une jolie dot de trois mil livres. Elle était la fille aînée de Jacques Trenonay, dit la Montagne, châtelain de Moirans, qui avaient eu quatre enfants de son mariage avec Jeanne Aymard Dufresne. Jacques laissa à son gendre la belle maison d’habitation et l’hôtellerie Jacques Trenonay cède à sa fille Justine et en toute propriété l’auberge avec ses dépendances, remises, écuries, jardins, réservoir, glacière. Il est donc très évident que pendant dix ans, depuis son mariage jusqu’à la mort de son beau-père, le père des célèbres financiers à joui de l’auberge, comme représentant une partie de la dot de sa femme et que, après la mort de Jacques Trenonay, en vertu du testament de celui-ci, il en est devenu propriétaire. Quel usage en a-t-il fait ? L’a-t-il loué, l’a-t-il exploité par lui-même comme moyen de mourir et d’élever sa très nombreuse famille. Nous n’avons aucun moyen de résoudre ces questions, quoique nous soyons fortement tentés de croire que Jean Paris ne dut se faire aucun scrupule d’exploiter par lui-même une auberge qui se trouvait sur la route de Valence et de Lyon à Grenoble, sur le passage des troupes qui se rendaient en Savoie et en Italie, qui avait enfin toutes ces dépendances énumérées dans le testament de Jacques Trenonay. Le maître d’une semblable auberge était assurément une sorte de personnage, pouvant faire de très bonnes affaires et de fructueuses spéculations. Que Jean Paris ait ou non exploité par lui-même l’auberge, il avait en 1690, au moment d’atteindre sa soixantième année, acquis dans toute sa province une grande réputation d’honneur et de connaissances et ce fut pour cela que les fonctionnaires chargés par le roi de l’approvisionnement de l’armée qui allait agir en Savoie et en Italie s’adressent à lui, Jean Paris, qui vraisemblablement n’en était pas à ses premières spéculations, se chargea, comme l’explique son second fils Claude, d’acheter des blés en Auvergne et en Bourgogne, de disposer des moyens de montures pour ces grains sur toutes les routes d’eau et de terre par des voitures sur les routes et des bateaux sur l’Isère. Pour toutes ces opérations, qui exigeaient assurément des avances considérables de fonds et qui supposent qu’il y a déjà une belle fortune acquise. Les approvisionnements de l’armée de Catinat, avait permis à l’illustre maréchal d’agir avec vigueur, de remporter par lui-même, le 18 août 1690, la victoire de Staffarde et de faire opérer par son lieutenant, St Rutts, la conquête du duché de Savoie à l’exception de la forte place de Montmélian…. …. La disette, pointait horriblement son nez une fois de plus…bien organisée, la famille Paris ne baissa pas les bras. Elle fut la seule à réagir efficacement ; la misère, la disette ça se combattait. Antoine, courageusement se rendit à Lyon à la tête d’un convoi ‘de chevaux ferrés’. Parallèlement, Claude organisa une longue caravane de mille mulets jusqu’en Vivarais…. De leurs expéditions, ils retirèrent une notoriété qui allait sans cesse s’amplifier et l’armée reconnaissante, les intégra rapidement dans son service de l’intendance. En 1704, Antoine devenait directeur général des vivres pour l’armée des Flandres, son frère Claude faisant fonction de trésorier général du même service. Tous d’eux se firent brillamment remarquer par leur efficacité et leur zèle après la bataille funeste de Ramillies en 1706. Dans le même temps, les deux cadets, Joseph et Jean entraient aussi dans l’armée. Le 13 mars 1706, Antoine épousait Marie Elisabeth de la Roche, fille d’un célèbre écuyer commandant les gardes-chasses du roi. Deux ans plus tard, le 14 janvier 1708, Claude se mariait avec Elisabeth, sœur de Marie-Élisabeth, resserrant ainsi encore les liens de famille, la consolidant aussi sur le plan des relations et de la renommée. En 1708, après la défaite d’Audenarde, Antoine et Claude parvenaient à ravitailler correctement une partie importante de notre armée qui se retrouvait sans équipage, sans argent, sans nourriture, coupée et isolée par l’ennemi. (Antoine emprunta à Gand et à Anvers 100 mille écus, qui lui permirent de fournire des subsistances pendant un mois.) En 1709, le maréchal de Villars leur confiait une nouvelle mission périlleuse et cette fois-ci se furent les quatre frères qui opérèrent ensemble, se faisant aider par de riches financiers. (Après le renvoi de Chamillard, ministre de la guerre, et à force de prévoyance, de combinaison et de zèle, les soldats eurent pendant cinq mois une demi-ration par jour. Les Paris continuèrent à être chargé des vivres pendant les campagnes suivantes et réussirent à faire face à toutes les nécessités à l’aide de leurs propres crédits.) Ravi et comblé, Louis XIV accorda désormais une estime exceptionnelle à cette famille dauphinoise, qui devint en peu de temps une des plus célèbre du royaume. Il n’y a pas de mystère sur la manière dont ils ont accumulé leurs biens. Ce n’est pas au détriment de l’Etat, de l’armée ou encore des producteurs, qu’ils devinrent immensément riches. Ils allaient directement acheter les productions des agriculteurs, même si ces derniers étaient éloignés. Tout en se réservant serte une part non négligeable des bénéfices, les Paris surent faire profiter l’Etat et l’armée de leur savoir-faire. En aucun cas ils ne pouvaient être considérés comme malhonnête. Mais leur réussite fulgurante dans ce marché quasiment vierge, provoque bien des jalousies, et les jaloux allaient profiter du petit flottement politique provoqué par la mort du roi en 1715 et l’arrivé au pouvoir du régent Philippe d’Orléans, ( Louis XV n’ayant que cinq ans) Une commission spéciale les condamne à payer une taxe de deux cent mille livres, mais leurs réputations ne s’en ressentit nullement. La peste apparue en Provence en 1720, causant d’épouvantables ravages. Le mal progressait dangereusement, menaçant de s’étendre à d’autres provinces. Le gouvernement après avoir crée un Conseil de Santé, fit appel une nouvelle fois aux frères Paris. Très méthodiquement, ils établirent un vaste « plan de soulagement » réunissant les receveurs généraux des finances et obtenant d’eux la somme de trois millions de livres qui leur permit d’exécuter correctement leur projet, faisant apporter partout médicaments et aussi ravitaillement, des vêtements et des linges propres, envoyant en Provence pour mettre en place leur plan des hommes de confiance, des médecins et des religieux pour assurer les soins, et la peste fut vaincue ! Joseph fut promu au titre de secrétaire des commandements du Premier ministre, le duc de Bourbon. Il acheta le château de Plaisance à Nogent-sur-Marne et devint conseiller d’Etat. Antoine se rendit propriétaire du château et du titre de Comte de Sampigny, devenant également baron de Dagonville. En 1722, il acheta au prix d’un million de livres la charge de garde du trésor royal, crée la même année. Il s’en démit en faveur de Jean en 1724, il fut alors nommé Conseiller d’Etat et trésorier général des finances de la province du Dauphiné. En 1726, la disgrâce du duc de Bourbon entraîna celle des quatre frères. C’est le cardinal de Fleury qui le remplaça, il céda avec plaisir aux sollicitations de leurs adversaires et, et juin, les fit exiler en quatre lieux différents. Antoine en Périgord, Claude en Dauphiné, Joseph à Saumur, et Jean à Vitry-le-François. Le cardinal voulut éliminer celui qu’il jugeait le plus coriace : il fit jeter Joseph à la Bastille le 28 août 1726. Le parlement de Paris reçut l’ordre d’instruire le procès. Après sept mois d’enquêtes acharnées tout le monde dut se rendre à l’évidence : peut-être les frères Paris n’étaient-t-ils pas des saints, mais en aucun cas ils n’avaient commis de malversations. Afin d’éviter des troubles dans le peuple qui ne comprenait pas cet acharnement, le cardinal dut faire libérer Joseph, qui cependant restait exiler de Paris. Il se retira dans son château de Plaisance, profitant de ce séjour forcé pour acclimater pour la première fois en France un ananas, mettant ce fruit à la mode et faisant aussi pousser le premier magnolia de la royauté. L’exile ne fut pas de longue durée, en 1728, à la mort de Leblanc, ministre de la guerre, on lui permit, ainsi qu’à ses frères, de revenir à paris. Mais Antoine allait s’éteindre dans son château de Sampigny, en Lorraine, en 1733. Les trois frères participèrent à nouveau aux affaires financières et économiques. Et lorsque le cardinal de Fleury mourut en 1743, ils retrouvèrent la même influence qu’auparavant. Joseph non seulement réglait toutes les affaires financières, mais aussi toutes celles concernant les opérations militaires, ce qui ne plus pas particulièrement au vieux maréchal de Noailles, qui le surnommé avec mépris « général des farines » Cela faisait en revanche sourire la marquise de Pompadour, qui paraît-il lui dédia la chanson « Nous n’irons plus au bois. Mais cela ne l’empêcha point d’entraîner la France, par ses conseils, dans la guerre de sept ans, et d’être à l’origine de la création de l’école militaire de Paris, dont il avait conçu le projet pendant le ministère du duc de Bourbon. » (Source B.Lyautey)
Tout semble avoir été dit et écrit sur les frères Paris, alors je vous parlerais que de leur présence dans la province du Dauphiné, grâce à leurs correspondances, aux actes notariés, aux archives du Bureau des Finances du Dauphiné, aux registres paroissiaux et autres archives privés.
Jean Paris dit la Masse était un homme vaillant et entreprenant, mais il n’avait personne pour le soutenir, son père Thomas était mort n’ayant laissé qu’une maigre fortune. Une seule de ses soeurs pu lui être utile, en effet Marie avait épousé Claude Fayolle, huissier à la Cour des Comptes de Dauphiné. Pour un marchand, cette parenté représentait un certain intérêt. Et dans ce siècle , la base et le fondement de toute entreprise, était la famille au sens large, avec ses alliés et ses clients. Jean trouvera l’argent et les relations grâce à son mariage avec Justine qui possédait une dot de 2700 livres. Versé en liquide, cette dot put l’aider dans ses affaires. Son père, Jacques Trenonay portait le titre d’avocat au parlement, il avait donc des relations au niveau le plus élevé de la province. Il était de même châtelain, capitaine de Moirans, c’est à dire responsable d’une capitainerie (territoire de chasse : le châtelain était un juge inférieur au bailli, souvent chargé des chasses.) Il avait aussi des compétences financières, présidait les assemblées de la communauté au cours duquel étaient désignés les consuls.
Jean Paris fut peu doué pour tenir les comptes, c’est Justine Trenonay sa femme qui les tient pour lui et elle fut aussi une parfaite aubergiste. N’oublions pas qu’au XVIIe et XVIIIe siècles, les femmes françaises de la bourgeoisie, dirigeaient une foule de commerces et de petites entreprises. Le couple s’aimait fortement et eurent 16 enfants en 24 ans ce qui signifie qu’en plus de ses qualités morales ,Justine était d’une résistance physique peu commune. Six enfants seulement dépassèrent leur vingtième année, les quatre frères, Antoine, Claude, Joseph, et Jean ,Thérèse religieuse chez les Ursulines de Moirans et Marthe qui épousa Joseph Nugues, avocat au parlement, demeurant à La Buisse. Elle en eut 12 enfants en 16 années et moins robuste que mère, en mourut en 1711. Son mari la suivit dans la tombe en 1718.Les quatre frères s’occupèrent des orphelins, les garçons rentrèrent presque tous dans l’administration des finances ou dans les vivres. Les filles épousèrent des munitionnaires ou des officiers de finances. En 1690, Jean Paris était devenu un marchand étapier sérieux et considéré. Il avait de nombreuses relations dans les milieux administratives et militaires. Antoine et Claude ont 22 et 20 ans. Ils ont fait des études de droit pour pouvoir porter le titre d’avocat au parlement de Grenoble.
Etre avocat
Les étudiants en droit de Grenoble avaient globalement le choix entre les universités de Valence et d’Orange : la seconde a rapidement acquis une réputation de facilité pour l’obtention des diplômes, ce qui valait des remarques sarcastiques concernant les avocats « à la fleur d’Orange » Les jeunes avocats acquéraient aussi les connaissances en droit nécessaires souvent auprès de leurs parents-père, oncle, cousin- chez un procureur ou encore un confrère plus âgé. Une fois les études en droit terminées-avec l’obtention du diplôme, le jeune avocat va pouvoir et devoir être immatriculé auprès d’une Cour de Justice, il est tout simplement reçu lors d’une audience et son nom marqué sur un registre, une « matricule » le tout assorti du paiement de divers droits. Son activité est variée, plaider, écrire, consulter. (Bernard Gerin : Rendre la justice en Dauphiné 1453-2003 ; Presses universitaires de Grenoble.)
Pilot de Thorey (bibliothèque Lyautey R 7906 n° 378, notice biographique sur les avocats)
Inscription auprès de la Cour de parlement de Grenoble Août 1668 Trenonay Jean dit la Montagne 26 Avril 1689 Paris Antoine (il a 22 ans) 4 May 1691 Nugues Joseph (beau-frère des frères Paris) On peut logiquement penser qu’Antoine à fait ses armes auprès de son oncle Jean Trenonay ou bien un des témoins à la signature du contrat de mariage de Jean Paris dit la Masse et Justine Trenonay, à sçavoir : François Pellissier, avocat en la Cours, Sébastien Pellissier, procureur hérèditaire.
La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697)
L’entrée en guerre A Versailles, Louvois pousse le roi à prévenir ses adversaires potentiels. Un ultimatum est envoyé à l’Empereur, le 24 septembre 1688. Mais sans attendre une réponse, dès janvier 1689, les armées françaises occupent l’électorat de Cologne et entre dans le Palatinat. Spire, Worms, Heilbronn, Heidelberg, Mannheim, la capital de l’électeur palatin, sont méthodiquement ravagées. Louis XIV apparaît aux yeux de l’Europe comme un tyran sanguinaire, et les partenaires de la Ligue d’Augsbourg entrent progressivement en guerre. En 1690, le duc de Savoie, dont les territoires ont été envahis par l’armée de Catinat, adhère lui aussi à la coalition. La guerre générale s’ouvre au printemps 1690 : la France est seule contre l’Europe coalisée. Sur terre à chaque printemps, s’ouvre une campagne qui se déroule sur un point fort sans que jamais les attaques soient générales ni les batailles décisives. (Hélène Duccini : Histoire de la France au 17ième siècle)
Actes d’assemblée
Du dimanche cinquième jour du mois de novembre mil six cents quatre vingt dix du lieu de Moyrans en la place publique lieu accoustumé à tenir assemblée par devant nous Pierre Richard, chastellein du dit lieu escrivant le secrétaire greffier de la dite communauté avec nous soubsignés seroit comparu Sr Joseph Reynaud consul moderne du dit lieu adcisté de Me Jean Bonardon notaire de Grenoble et sindicq des forins de la dite communauté, de Me Jean Devillier notaire du dit lieu, Sr Abel Trenonay bourgeois du dit lieu, Sr François Martel aussy bourgeois du dit lieu, Pierre Bouleteau, Louis Mermet, Charles Bernard, François Martellon, Anthoine Villard, de Joachim Clair, Michel Chardon, Pierre Claire, de monsieur Me Joseph Devoise advocat en la Cour, de honnette Pierre Pattin, de honnette Jean Morel, de Joseph Colomb, Sr François Veyron de Saint Jean de Moyrans. Auxquels nommés assemblées faisant la majeur partie des habitants du dit lieu assignées aux formes ordinaires le dit Consul remontre qu’il auroit receu une lettre de monseigneur de Bouchu, intendant en cette Province de Dauphiné du vingt quatriesme octobre présente année portant que cette communauté logera deux compagnies de dragon du reigiment de Catinat jusques à nouvel ordre et que cepandant la dite Communauté fournira aux dits dragons vingt livres de foin pois de marc et deux tiers de boisseaux d’avoine mesure de Paris et comme le dit Consul n’a aucun deniers entre les mains pour faire la dite fourniture demande à ce qu’il soit mis en lenchere à ceux qui en fairont la condition meilleure au proffit de la dite communauté pour la dite fourniture, requiert les dits assemblées d’y desliberer. A comparu Sr Joseph Reynaud Consul Moderne du dit lieu qui ensuite de sa renontrance cy devant faitte a offert de faire la fourniture du foin et avoine pour les dits deux compagnies pour seize sols par ration en ce compris les cinq sols que sa Majesté fait rembourcer. Seroit Comparu Sr François Martel qui a offert de faire la dite fourniture de foin et avoine pour les dites deux compagnies scavoir de fournir par ration vingt livres de foin et deux tiers de boisseau d’avoine mesure de Paris pour quinze sols par chasque ration. A comparu Sr Jean Morel lequel a offert de faire les dites fournitures de foin et avoine aux dites deux compagnies de Dragons de quatorze sols pour chascune ration. Seroit comparu le dit Sr Reynaud, consul moderne laquel a offert de faire la dite fourniture de foin et avoine pour les dites deux compagnies de dragon pour treize sols par ration et ce compris les cinq sols que sa Majesté rembource. Et attendu qu’il n’a comparu aucune personne qui aye fait la condition meilleure au proffit de la dite communauté la dite deslivrance a esté donné au dit Sr Reynaud consul pour le prix de son enchere et conformément à icelle et pour les huict sols en pure perte pour la dite communauté, la dite communauté promet de payer au dit Sr Reynaud conformément à l’ordonnance de Monseigneur l’Intendant qu’il luy plaira faire pour ce subjet et moyenant ce la dite communauté consent que le dit Reynaud retire des main du sieur trésorier extraordinaire des guerres les cinq sols que sa Majesté donne par ration des dits dragons. Ayant fait la dite fourniture prometant le dit Reynaud de faire la dite fourniture de foin et avoine aux dites deux compagnies de dragons conformément à son enchere à peine de tous despens dommages et interets et d’en relever la dite communauté dès ce jour sur les dites peines et a signé. J Reynaud Consul
Et quant à la remontrance du dit Consul que le sieur Richard se transportera en la ville de Grenoble pour parler à monsieur de Bressieux et le prier de vouloir parler à monseigneur l’Intendant et par son moyen pouvoir obtenir le soulagement d’une des dites compagnies ou du moins avoir des aydes pour le soulagement de la dite Communauté, les dits assemblées ont tous desliberés que le dit Sr Richard se transportera au dit Grenoble pour le fait dont s’agist cette présente semaine et ont signé ceux qui ont seus escrire.
Du dimanche dixiesme jour du mois de décembre mil six cent quatre vingt dix au lieu de Moyrans en la place publique lieu accoustumée à tenir assemblée et par devant nous Pierre Richard chastelain du dit lieu escrivant le secrétaire greffier de la dite communauté avec nous soubsigné seroit comparu Sr Joseph Reynaud consul moderne du dit Moyrans lequel adcisté du réverant père Louis Morel gardien du Couvent de St François du dit lieu , de messire Guillaume de Sautereau prieur du dit lieu, de monsieur Me Joseph Devoise advocat en la cour de Me Jean Bonardon notaire royal de Grenoble et sindic des forins de la dite Communauté, de Me Jean Devillier notaire royal du dit lieu, de Sr Jean Paris, Sr Abel Trenonay, Sr Marc Pellissier, de Gaspard Guilliot Sr André Bressieux, honneste Jean Morel, Michel Donier, Pierre Bouleteau, Joseph Collomb, Claude Bertollon de St Jean, Pierre Guay du dit lieu, Claude Perroud, Jean Veyron, Pierre Pattin, Ennemond Gondrand, Jacques Gonnon, Louis Marilliat, Pierre Pommier, Pierre Rivoire, Pierre Paule, Pierre Fayolle Maron, Louis Gabillion Pattin, Benoist Chapel, Anthoine Collombin , Pierre Gachet, Pierre Nonet, Jean Landru, Estienne Giraud Billious, Auxquels nommés et assamblés faisant la majeur partie des habitants du dit Moyrans et son mandement tous assignés aux formes ordinaire, le dit Consul remontre qu’il est de coustume de nommer un consul chasque année pour exercer la dite charge comme aussy qu’il auroit receu le lancon de la taille royalle et aultres ordonnances de monseigneur l’Intendant ce dit jour tant pour le cartier dustancille pendant le cartier d’hiver que l’entrainement des officiers de milice de cette province que pour l’habillement et armement des soldats de milice, requiert le dit consul estre deslibéré sur le tout par les dits habitants. Comme aussy le dit consul remontre que la dite communauté a fourni suivant l’odre de Monsieur de La Rhey, commandant pour le Roy en cette province, deux hommes de dix en dix jours pour garder les passages des frontières de Savoye, lesquels deux hommes la dite communauté leur a fourni espée baudriés et fusils et comme il a esté perdu un fusil appartenant à Pierre Bouleteau et un ceinturon à Jean Morel tout neuf, requiert les dits assamblés y desliberer pour le payement du dit fusil et ceinturon……..
La pluralité des voix estant tombée sur Gaspard Guilliot marchand du dit lieu, l’on nommé consul pour l’année prochaine à la charge que le dit Guilliot exercera la dite charge de consul en bon père de famille estant icy presant a promis d’exercer la dite charge et de relever et garantir la dite communauté pour ce subjet et a signé.
Et pour ce qui regarde la cotization de la taille royalle ustansille et milice les dits assemblés ont tous desliberés qu’il sera incessament proceddé à la dite péréquation…. Et quant au second article concernant le fusil du dit Bouleteau et cinturon du dit Morel, les dits assemblés ont renvoyés et ont desliberés que les dits Bouleteau et Morel se pourvoiront aincy et contre qu’ils y verront à faire et ont signés ceus qui ont seu.
BOUCHU
Un des plus zélés auxiliaires de Catinat est l’intendant du Dauphiné Bouchu. Avant les receveurs généraux qui tiennent la caisse, le personnage le plus important pour les marchands étapier est l’intenant. C’est Bouchu qui contrôle l’administration civile et militaire. En temps de guerre il veille à l’approvisionnement, passe des marchés pour les fourrages, assure les voitures et les mulets pour le transport des troupes et contrôle les étapiers.
CATINAT
Catinat Nicolas, d’abord avocat, entame une carrière militaire en 1660.Capitaine au régiment des gardes françaises(1670) il prend part au siège de Maastrich (1673) et à la Campagne d’Alsace sous Turenne (1675), Maréchal de camps (1681) lieutenant général (1688.) Il reçoit le commandement de l’armée en 1690 pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg. Grand stratège il occupe la Savoie (1690), et remporte au bord du Pô la victoire de Staffarde et s ‘empare de Suze et le Comté de Nice en 1691.
L’accession au trône du jeune Victor-Amédée II en 1675 ne semble pas remettre en cause la fatalité pesant sur la Savoie : un duc-enfant soumis à la régence de sa mère au-delà de sa majorité ; une pression française qui s’accentue aux frontières et qui, après la Franche-Comté (1674) annexe Casale (1681) ; qui impose une répression sévère contre les protestants du Piémont, aussi bien réfugiés que sujets du duc (1686) Au Piémont en 1688, la situation se gâte pour les Français ; le duc est entrain de retourner sa veste Avec son petit Etat coincé entre les deux puissances que sont la France et l’Autriche, le duc de Savoie sans cesse envahi par les armées de ses voisins, louvoie tant bien que mal. Le sursaut d’orgueil de ce souverain, sa tolérance de la « Glorieuse Rentrée » des vaudois réfugiés à Genève (1689) et sa participation à la ligue d’Augsbourg contre Louis XIV (4 juin 1690) ou il commande toutes les forces des confédérés dans le Piémont où s’engagent les hostilités. « Quand le duc de Savoie, dans une guerre, se trouve dans le même camp qu’au début, c’est qu’il a changé d’alliés un nombre pair de fois »(Saint Simon) Face à lui Catinat amène encore une fois la catastrophe. Défaite à Staffarde (1690) et à Marsaille (1693) le duc perd l’essentiel de ses Etats et Turin n’est sauvé que de justesse par ses alliés espagnols et puissances protestantes. Après la mort de Louvois en 1691, Louis XIV, passant sur la défensive, évacue les possessions du Piémont, sauf Suze et Pignerol. Catinat installe son quartier général à Pallons. En ce qui concerne les communications, citons Joseph Perreau : « Sur les derrières de Pallons, Catinat utilisait pour ses ravitaillements le chemin d’une vallée parallèle à celle de Freissinières. Il s’agit de la vallée de l’Argentière qui, par le col d’Alp-Martin et la vallée d’une deuxième branche du Drac, conduit aussi dans le Champsaur. Un auteur du XVIIIe siècle a laissé une description topographique des Alpes, recueillant en 1750 le témoignage de vieillards qui avaient vu transporter à dos d’homme, par le col d’Alp-Martin, du fourrage du Champsaur dans les camps de Catinat.
Sur la rive droite de la Durance également, mais divergent vers le nord, une troisième vallée servait aux communications de Catinat. C’est la Vallouise, qui se replie aux pieds des glaciers orientaux du Pelvoux et, par le col de la Vallouise, permet d’atteindre, sur la Guisanne, le bourg de Monêtier de Briançon, entre Briançon et le col du Lautaret. La Vallouise créait ainsi, entre la grande et la petite route de Briançon à Grenoble, un raccourci, une sorte de pan coupé qui évitait Briançon même. Catinat fit améliorer cette communication pour être en mesure de porter promptement secours à Grenoble en cas de besoin.
Le 24 juillet 1692, des protestants français et des vaudois forment le gros des troupes que le duc de Savoie dirige dans la vallée de la Stura comme ils composent les troupes de Shomberg qui passent par le col de La Croix le 1 août ; le 4 août ils assiègent Château-Queyras défendu par M. de Lesches ; ce dernier fait incendier le village ; Schomberg craignant l’arrivé de Catinat, lève le siège le 6 et gagne Ceillac par Molines et le col Fromage.
Le duc de Savoie passe le col de Vars le 27 juillet, enlève Guillestre le 30. Le 6 août il met le siège devant Embrun ou Larry capitule le 16 ; Victor-Amédée entre le 17 à Embrun et livre la ville et les environs au pillage. Le 29 août, les envahisseurs sont à Gap, d’où sont partis les consuls avec le trésor et les archives, ainsi que le clergé pour se réfugier à la Baume de Sisteron. Les environs de Gap, le Champsaur, Les Diguières, sont ravagés. Catinat se déplace de Pallons à Aspres pour défendre l’accès du col de la Croix Haute. Le duc de Savoie est de retour à Embrun le 30 août ; atteint de la petite vérole, il est soigné au collège des jésuites. Le 10 septembre, il donne l’ordre de la retraite, et sur leur passage, les troupes incendient Tallard, Gap, Chorges, Prunières, Savines et Réallon. Le duc s’oppose à l’incendie d’Embrun ; l’armée repart par le col de Vars et le col des Orres. Le pays se ressaisit et organise sa résistance. A Nyons Phillis de la Charce, notre Jeanne d’Arc locale, lève une armée de paysans, bat des Piémontais au Col de Cabres et les jette hors du Dauphiné. Le 21 septembre, les ennemis ont repassé la frontière. L’année suivante, le maréchal Catinat occupe la vallée de Barcelonnette, traverse les Alpes et remporte la bataille de La Marsaille, il avait prit l’offensive en 1693 sur le front italien pour débloquer Casale, Monferrato et Pignerol, menacés par le duc Victor-Amédée II de Savoie. Il le surprit le 4 octobre 1693, lui tua 6000 hommes et lui en prit 2000. Le Dauphiné était sauvé.
La paix sera rétablie en 1696 par la paix de Turin ; le roi de France rend au duc de Savoie Casal et Pignerol.
Bibliographie :
J-A Chabrand, librairie de l’Académie (1886. Catinat et l’invasion du Dauphiné) Joseph Perreau : librairie militaire de L. Baudoin (1892) Les hautes Alpes hier, aujourd’hui, demain. P. Chauvet et P. Pons société d’Etudes des H-Alpes (1975)
Briançon à travers l’histoire
En 1693 Catinat est fait maréchal de France. Commandant de nouveau en Italie au début de la guerre de la succession d’Espagne, il est vaincu par le prince Eugène à Capri et à Chiari (1701) Disgracié en 1702, il se retire à Saint-Gratien où il mourra en 1712.
Affaires militaires Etapes et Convoies du Dauphiné en Savoie-1659-1769
(A.D.I Série II B N° 690) Lieux et étapes de la province de l’élection de Montélimart à l’élection de Grenoble.
Crest. Léchère. Dye. Montauban. Monbrun. Le Buis. St Paul 3 châteaux. Montelimart. Loriol et Livron. Valence. St Roman d’Albon. Moras. Beaurepaire. Romans. La Coste St André. Vienne. Crolles. La Grave et Villard d’Arenne. Bourg d’Oysans. St Laurent du Cros. Corps. La Mure. Vizille. Voreppe.
Noms des lieux d’étapes du Dauphiné et Savoye partant de Lyon pour aller à Suze
Vienne, Bourgoin,Pont de Beauvoisin,Les Echelles, Chambery, Ayguebelle, La Chambre, St Jean de Maurienne, Modane, Lanslebourg,LaLanoualaize,Suze Autres pendant le beau temps. Vienne, La Coste St André, Voreppe, Vizille, Bourg d’Oysans, La Grave, Briançon, Cezanne, Oulx Autres pendant la mauvaise saison. Vienne , La Coste St André, Voreppe, Vizille, La Mure, Corps, Gap, Chorges, Embrun, Guillestre, Briançon, Sezanne, Oulx, Suze. Autres Vienne, Moras, Oust, Roman d’Albon pour l’infanterie Beaurepaire pour la cavalerie Roman, Valence, Crest, Dye, Léchère,Veynes, gap, Chorges, Embrun, Guillestre, Briançon, Cezanne,Oulx. A Suze St Paul 3 châteaux, Nyons, Buyes, Montauban, Orpierre, Veynes, Gap, Chorges, Embrun, Briançon, Cezanne, Oulx. A Lyon. St Paul 3 châteaux, Montelimart, Loriol ou Livron, Valence, Romans, Moras ou St Roman d’Albon pour l’infanterie Beaurepaire, Vienne, Lyon. En Savoye St Paul 3 châteaux, Montelimart,Loriol ou Livron,Valence,Romans,St Marcellin,Voreppes, Crolles, Barraux,Chambery, St Pierre d’Albigny ou Ayguebelle. Autres routes en Savoye. Chambery, St Pierre d’Albigny,Conflans,Moutier,St Maurice. Annecy, Faverges,Conflans,Moutier, St Maurice. Annecy, Faverges, Ayguebelle, La Chambre, St Jean de Maurienne, Modanne, Lanslebourg, Lanoualaize.
Maintenant, laissons Claude égrainer ses propres souvenirs.
(Mémoires du sieur Paris de la Montagne pour Monseigneur seul, sur la conduite de ses frères et de luy dans les différents emplois qui leurs ont été confiés.) Extraits avec l’orthographe fidèlement conforme à l’original qui appartient à M. Fernand de saint Andéol, propriétaire à Moirans. (B. Lyautey R 7542)
« Monseigneur à consenti avec bonté que j’eusse l’honneur de luy tracer par écrit dequelle manière nous nous sommes comportés mes frères et moy dans le cours des affaires ou nous avons participés……. Je sais combien il est délicat de parler de soy mesme la fatalité de la conjoncture ou nous sommes est le seul motif qui puisse m’engager, et si mon récit laisse entrevoir quelques traits à notre avantage, je proteste avec vérité que nous n’avons jamais regardé notre meilleure fortune, que comme une part de l’accomplissement de nos Devoirs ou il y auroit encore beaucoup à désirer. La matière des vivres fut l’objet de nos premiers travaux ; mon père s’étoit acquis quelque réputation dans sa Province et par ce seul motif il fut recherché au mois de janvier 1690 par le premier homme que la Cour envoya en Dauphiné pour y établir le Service des Vivres d’Italie ou le Roy vouloit porter ses armes. Mon père fut chargé de faire les premiers achats de grains et de mulets, d’assurer la subsistance des équipages des vivres de disposer l’établissement des moutures de grains sur toutes les routes d’eau et de terre et de multiplier considérablement le nombre de batteaux et de voitures sur l’Izaire. Comme ce fardeau pesoit trop pour un homme qui touchait à sa soixantième année, mon père se fit donner pour adjoints mon frère aisné qui n’etoit agé que de 22 ans et moy qui en avoit que 20. Au mois de décembre 1690, nous fumes nommés mon frère et moy directeurs de toutes les voitures par terre et par eau qui devoient conduire les grains que les munitionnaire se proposoient de faire tirer d’Auvergne et de Bourgogne et nous eumes aussy le soin des subsistances de ces mesme voitures. Les munitionnaires ne furent pas assez de diligence pour l’approvisionnement de la Campagne suivante …. Mr de Louvois envoya sur les lieux Mr Jacquier de Pontilleau conseiller au parlement de Paris… pour exercer l’employ de directeur général des Vivres…. Il trouva des embarras infinis à faire ses dispositions, les grains de la frontière qui avoient été consommé l’année précédente, n’avoient pas été remplacés… ; la rigueur de l’hiver et une quantité prodigieuse de neiges et de glaces rendoient les rivières impraticables, enfin il n’y avoit sur toute l’Izaire que dit huict batteaux du Port de cent vingt quintaux chacun… Mr de Louvois à qui Mr Jacquier rendit compte de tant d’obstacle réunis, exigea qu’au dernier avril 1691 il y eut dans les magazins de Pignerol trente milles sacs de farine, dont il etoit besoin pour l’exécution des projets de sa majesté. Feu mon père fut consulté là dessus ; et il fournit les expediens necessaires. Mon frère engagea la ville de Lyon à ceder les bleds qu’elle avoit dans ses magazins à conditions qu’ils seroient remplacés immédiatement après le dégel par ceux des munitionnaires qui estoient en Bourgogne. Les grains au nombre de six milles sacs furent conduit par terre à Grenoble, ou étoit l’entrepot general et ce secours fut suffissent pour fournir aux voitures par terre de Grenoble à Pignerol… De mon costé j’acheptay dans le bas Dauphiné et dans le Vivaretz trois milles sacs de bleds avec mille mulets que je mis en etat de partir et de transporter les dits bleds à Grenoble, je n’employay que quinze jours à cette operation. Pour voiturer les grains des achats que le munitionnaire avoit fait faire et les conduire à l’embouchure de l’Izaire à l’entrepot général…il fallut tenter de rendre l’Izaire navigable malgres les glaces et pour y parvenir nous fimes marcher les batteaux par convois avec cent hommes à leur teste qui rompoient continuellement les glaces sur les bords de la rivière. Ces differens moyens reussirent mais il y fallut joindre encore un expedient pour remplir entièrement les vües du ministre, ce fut de rendre plus abondante la navigation de l’Izaire…. Mon père alla dans les montagnes de Sassenage…il fit abatre voiturer et distribuer les bois nécessaires à la construction de deux cents batteaux. Il acheta des chanvres et fit faire des cordages… Il acheta aussi six cent paires de bœufs, tant pour équiper les batteaux que pour établir des relais sur l’Izaire affin que les batteaux puissent en remontant faire quatre lieües par jour au lieu de deux, il s’assura en mesme tems par les soins de son fils aisné , des fourrages ainsy que des toiles pour les tentes des batteaux et il accrut suffisament le corps des patrons, des mariniers et des bouviers. Pour moy j’etois à Condrieu pour achetter et faire transporter tous les ferrements nécessaires à la construction des batteaux, je descendis mesme le Rosne jusqu’à Arles ou je fis une recrûe de quatre cent ouvriers. Dans le cours du mois de janvier, toutes les parties se trouvèrent rassemblées dans les chantiers de fabrication des batteaux et des le quinze avril ils furent tous en pleine navigation, cela forma un si grand nombre de mariniers, qu’alors pour la première fois les classes de la marine furent établies sur l’Izaire et cette navigation subsiste encore aujourd’huy pour les gabelles… Après la Campagne de 1691, le Roy résolut de faire le siège de Montmélian et là dessus le ministre ordonna à Mr Bouchu intendant du Dauphiné et de l’armée de disposer les vivres et les fourrages en nécessaire pour le siège. L’intendant fit répondre qu’il étoit impossible de faire remonter les munitions de guerre et de bouche depuis l’embouchure de l’Izaire jusqu’à Montmélian. D’un autre costé le ministre avoit écrit à Mr de Berule intendant de Lyon sur le mesme sujet qu’il eut de tirer de Bourgogne les foins et les avoines, nous nous trouvames fortuitemment à Lyon mon frère et moy et Mr de Berule nous communiqua les ordres qu’il avoit receu. Il n’etoit pas embarrassé de faire descendre les foins les avoines et l’artillerie jusqu’à l’embouchure de l’Izere, mais il trouvoit pas moins impraticable que M. Bouchu de les faire remonter jusqu’à Montmélian. Comme nous avions une grande connoissance de la navigation de l’Izere nous luy rendimes l’opération très possible… nous formames à M. Berule un projet précis et certain, lequel fut envoyé au ministre qui le receu en mesme tems que la réponse négative de M. Bouchu ; le ministre luy fit sentir son mécontentement…. Et ayant adopté le projet envoyé par M. Berule il expédia les ordres du Roy pour le charger de ce service dans l’intendance mesme de Dauphiné jusqu’à Montmélian à l’exclusion de M. Bouchu. On me confia le poste de l’embouchure de l’Izère comme le plus important. J’avois sous moi vingt commis et huit cent ouvriers avec une brigade de la maréchaussée de Lyon qui servoit à retenir les batteaux que les patrons vouloient soustraire au transport des munitions et a contenir ce grand nombre d’ouvriers dont l’occupation etoit de botteler les pailles et les foins et de charger et descharger les batteaux. L’ouvrage dura six semaines sans discontinuer ny jour ny nuit, il fut conduit à une heureuse fin. Le siège de Montmélian se fit et la place fut soumise au Roy au mois de Xbre 1691. »
Toute la Savoie est sous contrôle des français, mais les soldats ont été tellement mal nourris qu’ils meurent par milliers du typhus et de dysenterie. En décembre 1690, l’épidémie se propage à Grenoble. C’est à cause de cette carence mortelle de l’intendance que Bouchu et Louvois font appel à mon père et mes frères. Voici la lettre qu’il adressa à Pontchartrain au Contrôle des finances : Le 28 janvier 1691
Lettre de M. Bouchu, intendant en Dauphiné
« Personne autre que les Etapiers du Dauphiné n’a voulu entreprendre la fourniture des Etapes en Savoye et la rareté et la chereté des denrées ainsi que la difficulté et la longueur des transports obligent à accepter leurs conditions qui sont : Les fournitures bornées à un certain nombre de lieux de passage Le prix de la ration fixé depuis le taux de cinquante quatre sols pour la gendarmerie jusqu’à celuy de soixante deux sols pour le fantassin Une avance de cent mille livres par le trésor royal Le remboursement des frais de trois mois en trois mois Le remplacement de la moitié de la ration de foin par un quart de boisseau d’avoine La faculté de tirer les approvisionnements des provinces voisines sans payer ni au Roy ni aux communautés aucun droicts d’entrée ou de sortie Le pouvoir de mettre en réquisition, moyennant payement raisonnable, les bestes de somme et de payer sur le pied des trois derniers cours les denrées, le fourrage… »
Les Paris sont donc nommés directeurs des vivres autant par l’intervention de Bouchu auprès de Pontchartrain que de Jacquier auprès de Louvois. Ils seront très cher, ils le seront toujours et feront gémir tous les Contrôleurs Généraux. Le temps presse, ils se mettent tout de suite à l’œuvre.
Chronique d’une Campagne annoncée
Dès avril 1691, Jean Paris s’affaira afin de faire faire bateaux et voitures pour la Campagne d’Italie. Comme tout un chacun il utilisait les services des notaires afin que tout soit consigné en bonne et du forme. Tous ces actes sont sur le même modèle ou presque. Me Devillier, ( notaire de Moirans 3 E 1950)
2.4.1691 : Honneste Ennemond Borrel habitant Saint Gervais confesse debvoir la somme de deux cent cinq livres à sieur Jean Paris à sçavoir cent livres pour l’achapt d’un paire de bœufs et cent cinq livres pour le prix d’un batteau neuf. 2.4.1691 : Antyhoine Rebichon de Conin, cent huit livres pour voiturer ou faire voiturer avec son bateau et bœufs. Jean Paris constitua Antoine, son fils aîné, procureur afin de le représenter auprès des tous fournisseurs dont ils auraient besoin.
4.4.1691 : Par devant le notaire Royal de Moyrand soub signe et present les tesmoins bas nommés ce jourd’huy quatriesme du mois d’avril année mil six cent quatre vingt onze appres midy c’est estably en personne sieur Jean Paris bourgeois du dit Moyrand lequel de son gré et vollonté a constituer pour son procureur général et spécial à sçavoir monsieur Me Anthoine Paris son fils advocat en la Cour pour et au nom de la dite constituante a gérer générallement en toutes ses affaires, demander, desfandre, recevoir acquitter et s’obliger, compter, traiter, estrangiger, poursuivre, renoncer, appeler tant meu qu’à mouvoir par devant tous tribunaux de justice dès que besoin sera et en temps que le besoin nommé et conviens de l’estre et sur asbistrer pour composer des sus dits differantes circonstances et despendances et de regler toutes les sommes qui peuvent estre deub au dit sieur constituant tant en capital interet et dépendance à peroyquer le cas requier mandement plus emple qu’il n’est cy dessus exprime avec élection de domicille suivant l’ordonnance en la personne de son dit procureur prometant approuver et ratiffier agréer tout que sera par luy fait avecq pouvoir à son dit de substituer un ou plusieurs procureurs au subjet que dessus et de ly remaquer à son gré et faire pour raison de tout ce que dessus touttes demandes réquisition de l’ordonnance et deffance qu’il temoira à propos jusque à jugement définitif avec promesse d’avoir agréer tout ce qui sera fait par son procureur et de le relever de touttes epargnes de procuration en bonne forme à paine de tous dépens dommages et interets et pour ceste effet il a passé les obligations, soubmission de ses biens à toutes cours en forme de quoy j’ay fait acte au dit Moyrand dans la maison du sieur constituant en presence de sieur Jean Arnaud et sieur Joseph marchand praticien de Saint Quentin et sieur Arnaud de Grenoble, tesmoings requis et signe avec le dit sieur Paris.
5.4.1691 : Antoine de Rode dit Senage du lieu de la Soune Darjanson, confesse debvoir à sieur Jean Paris la somme de cent livres, la dite debte vouloir employer à lachapt d’un batteau neuf et l’équipage d’iceluy.
8.4.1691 : Guillaume Regousin Mallepine, patron sur la rivière de Lizere habitant St Quentin doit soixante quinze livres pour vente d’un bœuf, s’oblige à payer sur les voyages qu’il fera de Vallence à Grenoble de bled et farine sur la rivière de Lizere ou le Rones.
9.4.1691 : Etienne Salamand fils de Louis, patron sur la rivière de Lizère, du lieu de St Quentin, promet faire les voitures de bleds et farines avec son batteau et bœufs. Claude Egarrat patron sur Lizere du lieu de St Quentin doit cent huit livres pour vente d’un batteau neuf, s’oblige de faire les voyages avec son dit batteau et bœuf de Vallence à Grenoble sur Lizere ou le Roune.
12.4.1691 : Anthoine Vallantin Reynaud, patron sur Lizere du lieu de St Quentin doit cent soixante quatorze livres pour vente d’une paire de bœufs. S’oblige à faire les voyages avec son batteau et bœufs.
14.4.1691 : Jean Claude Sibillat doit à sieur Jean Paris deux cent cinquante cinq livres pour un batteau neuf et cent soixante cinq livres pour deux paires de bœufs
16.4.1691 : Charles Charpeney patron sur Lizere du lieu de Grenoble doit cent vingt cinq livres pour un batteau neuf
21.4.1691 : Jean Joyeux et Claude Brondier de Veurey recoivent du sieur Jean Paris trois livres par jour pour chaque paire de bœufs qu’ils tiendront en relais sur le port de Veurey, jusque au nombre de quatre paires pour servir à doubler les tirages des bateaux chargés pour les vivres jusque à Grenoble. Laurent Simond patron sur Lizere du lieu de St Quentin doit cent cinquante huit livres pour vente une paire de bœufs et promet faire les voitures avec son bateau et bœufs.
22.1.1691 : Claude Trilliard doit cent soixante huit livres pour vente une paire de bœufs, promet faire les voitures avec son batteau sur Lizere et Rone. Idem pour Claude Canton patron sur Lizere. Gaspard Reynaud doit deux cent quatre vingt huit livres pour deux bœufs et cent soixante huit livres pour un batteau neuf.
23.4.1691 : Jean Riquet patron sur Lizere doit deux cent quatre vingt huit livres pour deux bœufs et cent soixante huit livres pour un batteau neuf.
26.4.1691 : Pierre Bouffard Pallat, patron sur Lizere promet de voyturer avec son batteau et bœufs de Vallance à Grenoble. Pierre Baussant patron du lieu d’Izeron doit cent soixante livres pour un bœuf poil rouge et promet de faire les voitures avec son batteau.
8.5.1691 : Claude Charvet, patron sur Lizere du lieu de St Quentin doit cent soixante livres pour vente d’un bœuf poil rouge. Il promet de faire les voitures avec son batteau de Vallance à Grenoble.
12.5.1691 : Estienne Pater, patron à St Quentin doit soixante huit livres pour achapt d’une paire de bœufs et cent dix sept livres pour vente d’un batteau neuf.
14.5.1691 : Joachim Charmey et François Clement marchand de St Quentin doivent trois cent vingt livres pour vente un pair de bœufs et un batteau neuf armé.
16.5.1691 : Estienne Coingt Gillet patron sur Lizere du lieu de St Quentin, doit cent vingt livres pour un batteau neuf.
17.5.1691 : Jean Chenevey marchand de St Quentin doit à sieur Paris cent dix livres pour vente une paire de bœufs et promet faire les voitures avec son batteau.
5.6.1691 : Estienne Goingt Gillet 189 livres pour une paire de bœufs
6.6.1691 : Jean Perouge patron sur Lizere à Roman doit à Justine Trenonay deux cent livres pour une paire de bœufs, promet de faire les voitures avec son batteau et bœufs de Vallance à Grenoble.
17.6.1691 : Laurant Simian marchand de St Quentin doit au sieur Jean Paris huit cent six livres qu’il promet payer sur les voyages qu’il fera avec son batteau et bœufs
20.6.1691 : Barthelemy Baude, travallieur et Antoine Cholat tous les deux de Moyrans promettent payer deux cent trente livres pour vente de dix bouriques.
21.6.1691 : Jean Allard Jacquin et Pierre Robin Canaud marchands de St Quentin promettent payer trois cent trente six livres pour vente de deux paires de bœufs et promettent de faire les voyages avec leurs batteaux Estienne Mallen patron sur Lizere du lieu de St Quentin doit deux cent sept livres pour vente d’un bateau neuf et une paires de bœufs.
25.6.1691 : Jean Allard Jacquin et Charles Burnoz promettent de voiturer deux batteaux du Bas Languedoc au port de Cardoije au dit Grenoble.
4.7.1691 : Sébastien Reynaud hoste de Trellin doit quatre vingt seize livres pour vente d’une jument poile noire.
7.7.1691 : Jean Dumon dit Rougoussin patron du lieu de Trellin doit deux cent quatre vingt quatre livres pour vente d’un bateau, trois mailles, plus les aix du planchement qui sert au couvert de la proue. Claude Charut, patron du lieu de St Quentin a receu du sieur Jean Paris une génisse plaine poil rouge agée d’environ cinq ans qu’il promet de bien nourrire.
6.8.1691 : Honneste Pierre Guinet patron sur la riviere de Lizere habitant Veurey confesse debvoir et promet payer à sieur Jean Paris commissaire des vivres pour les armées de sa Majesté de Piemond et Savoye, la somme de soixante six livres de l’ordonnance et ce pour cause de la vente d’un bœuf poil gay pour le tirage du bled et farine et autres voitures nécessaires pour les dites armées.
2.9.1691 : Jean Claude Billioud marchand de Moyrand confesse avoir receu de Sr Jean Paris la somme de deux mille neuf cent cinquante neuf livres dix sols pour cause de la vente de dix huit paires de bœufs.
3.9.1691 : Jean Farnout, voyturier, confesse devoir la somme de cent huictante neuf livres et ce pour cause de la vente de deux mullets et une mulle.
8.9.1691 : Claude Chillard marchand de Moyrand confesse debvoir à sieur Jean Paris la somme de cent cinquante quatre livres onze sols et ce pour cause scavoir sept cent vingt six livres fert, tant bande, cloux ou boulons à raison de quarante sol la livre, lequel fert a esté à ferrer cinq paires de roux de charrettes pour le fermier des armées du Piemond.. Pierre Tarot et Louis Marilliat tous deux charrons habitant au dit Moyrand confessent avoir eu la somme de huictante livres pour cause de la fasson et travail de cinq charrettes pour les dits vivres.
15.9.1691 : Claude Charvet patron sur la rivière de Lizere habitant St Quentin promet payer la somme de deux cent trente quatre livres et s’oblige de faire les voytures nécessaires pour messieurs les munitionnaires et pendant le temps qu’ils en auront besoin. Pierre Vourmal patron habitant St Quentin confesse debvoir la somme de deux cent septante sept livres et ce pour cause, premier cent vingt livre pour la vente d’un bateau, une tente de toille pour le couvert de la proue du dit bateau prix fait entre les dites parties et cent cinquante sept livres pour la vente d’une paire de bœufs. Philibert Duet, marchand de Miribel promet payer à sieur Jean Paris la somme de deux cent trente sept livres et ce pour cause de la vente de deux paires de bœufs. Jean Beley marchand de St Quentin confesse debvoir la somme de cent huictante six livres et ce pour cause de la vente d’une paire de bœufs.
17.9.1691 : Sieur Anthoine Billiard, marchand de Miribel confesse debvoir la somme de …. Pour la vente de six paires de bœufs. Pierre Liejon marchand de Pontcharra doit la somme de cent nonante cinq livres pour vente d’une paire de bœufs.
19.9.1691 : Balthazard Dupport marchand de la Riviere promet payer la somme de cent cinquante livres pour une paire de bœufs de ceux des vivres, il promet de faire les voyages.
20.9.1691 : Claude Trilliard dit Mollard marchand de St Quentin promet payer la somme de cent quarante livres pour vente d’une paire de bœufs de ceux des vivres, promet et s’oblige à faire des voytures avec son bateau sur la rivière de Lizere ou le Ronne ou ailleurs ou besoin sera, pendant tout le temps qu’est nécessaire.
23.9.1691 : François Recoing fils de Jean Anthoine de St Quentin et Gaspard Michel patron sur la rivière de Lizere du lieu de St Quentin confessent devoir la somme de cent soixante cinq livres de l’ordonnance et ce pour cause de la vente d’une paire de bœufs de ceux des vivres, s’obligent à sieur Paris de faire des voytures de bled et farine ou autre avec leur bateau.
23.9.1691 : Ennemond Fayolle, marchand de Pommier confesse devoir la somme de nonante livres et ce pour vente d’un pair de bœufs. Pierre Jarrin marchand de Pommier confesse devoir la somme de cent trente deux livres pour vente d’une paire de bœufs. Pierre Tivollier marchand de Tivolliere doit la somme de quatre vingt dix neuf livres pour vente d’un pair de bœufs François Clemand patron sur la rivière de Lizere du lieu de St Quentin promet payer la somme de cent trente huict livres pour vante d’un pair de bœuf et s’oblige de faire des voytures bleds et farines et autres avec son bateau
27.9.1691 : Contrat portant obligation L’an mil six cent quatre vingt onze et le vingt septième du mois de septembre se sont estably en leurs personnes honnestes Guillaume et Estienne Regouzin Mallepine père et fils patron sur la rivière de Lizere habitant de St Quentin… promettent payer à sieur Jean Paris commissaire des vivres pour les armées de sa Majesté de Piemond et Savoye la somme de cent quarante livres et ce pour cause de la vente de paires de bœufs. Les dits promettent de faire des voitures de bleds farine et autres voytures nécessaire pour messieurs les munitionnaires généraux tant sur Lizere ou sur le Rosne ou ailleurs pour la campagne prochaine avec leurs deux bateaux. Furent present honnestes Estienne et Henry Recoing père et fils et honneste Claude Berton tous patrons sur Lizere et habitant St Quentin… promettent payer à sieur Jean Paris la somme de nonante livres de l’ordonnance et ce pour cause de la vente de deux bœufs… les dits débiteurs promettent et s’obligent de faire des voytures de bleds et farine ou autres avec un bateau…
14.10.1691 : Se sont estably en leurs personnes Estienne et Claude David Charnallet père et fils et Dominique Gillet tous trois mestres batelliers du lieu de St Quentin, ont promit et s’obligent en faveur de sieur Jean Paris commissaire aux vivres de lui faire deux bateaux neufs pour le dit service a commancer dès ce jour et pour la campagne prochaine. Ce qu’ils pouront faire pour et moyenant le prix et donne pour chasque bateau neuf estant fait et parfait et rendu sur la riviere de Lizere pour la somme de cent cinquante livres… le dit bateau fait aura neuf toizes de longueur et treize simelles de large la simelle de dix pointes et lauteur de icelluy de deux pieds et cinq pouces et quant au gabure de négoce qui seront au prix de cent vingt livres, ils seront de huit toizes et deux pieds et demy de longueur et de lauteur ordinaire de gabure de négoce , les dits bateaux armés avec trois rames et leur gouvernail le tout bon et recevable….
25.10.1691 : C’est estably honneste Claude Coingt Gillet mestre batellier habitant St Quentin lequel promet et s’engage à sieur Jean Paris, scavoir le dit Gillet promet travailler le reste de ceste campagne et pour la prochaine à faire des bateaux neufs, propres pour les voitures de monte, pour la dite armée ou pour l’artillerie. Que les dits bateaux seront de la longueur de huit toize et demy et douze simelles et de deux à trois pouces en fond et de bonne jauge lesquels seront bon et recevable avec leur armement pour et moyenant pour chasque bateau neuf de la somme de cent vingt livres et d’y travailler incessament pendant le temps que le dit sieur Paris en aura besoin.
28.10.1691 : Honneste Pierre Clement Bourru de St Quentin mestre batellier promet de travailler le reste de ceste campagne et pour la prochaine à faire des bateaux neufs propres pour les voytures de montes pour la dite armée ou pour l’artillerie ou vivres, au choix du dit sieur Paris. Michel Coing Gillet, patron sur la rivière de Lizere habitant St Quentin promet payer au sieur Jean Paris la somme de cent vingt livres et ce pour cause de la vente d’un bateau neuf. Sieur Jean Robin Canaud marchand de St Quentin promet payer à sieur Jean Paris la somme de trante cinq livres sur la dite somme de septante cinq livres, le dit Canaud promet et s’oblige de faire des voytures avec deux bateaux du bled et farine ou autres voytures necessaires pour la dite armée ou l’artillerie le tout au choix du dit sieur Paris. 29.10.1691 : Demoiselle Virginie Paris femme de sieur Pierre Girard, mestre appotiquaire de Voyron auquel elle promet de faire ratiffier si besoin, laquelle vend purement et simplement à sieur Jean Paris son frère, commissaire des vivres à scavoir tout le foin qu’elle a dans sa granges quelle a située au lieu de la Buisse jusque à la quantitté de cinq cent quintaux pour et moyenent chaque quintal de la somme de une livre cinq sols, payable la sus dite quantitté de foin qu’il pourra avoir dans la susdite grange lors que le dit Paris le fera prendre.
29.10.1691 : Honneste Claude Peyraud et sieur Jean Jouyeux, tous deux marchands du lieu de Veurey confessent devoir et promettent payer à sieur Jean Paris la somme de cent vingt livres de l’ordonnance et ce pour cause de la vente d’un bateau neuf, les dits Peyraux et Jouyeux promettent et s’obligent au dit Paris de faire ou faire faire des voytures avecq un bateau de bled et farine ou autres voytures. Cristophe Michon et honneste George Beriet Piroud et Claude et Jean Borel Mouront frères tous du lieu de Veurey promettent et s’obligent à sieur Jean Paris : scavoir que le dit Michon Beriet Bonely promet de travailler le reste de ceste campagne et pour la prochaine à faire des bateaux neufs pour les voytures de monte pour la dite armée et l’artillerie.
1.11.1691 : Honestes François et Jean Gilibert la Verne père et fils mestres batelliers du lieu de Veurey promettent de travailler à faire des bateaux neufs, propres avecq leurs armements. Item Anthoine Guinet fils de Pierre mestre batellier habitant Veurey Honnestes Labraut Coutin et Jacques Auriol patrons sur la riviere de Lizere promettent payer la somme de soixante deux livres dix sols et ce pour et cause de reel prêt, les dits promettent et s’obligent de faire des voytures avec un bateau. Pierre Gerlat marchand de Nouarey confesse devoir à sieur Jean Paris la somme de cinquante livres et le dit s’oblige à faire des voytures avec un bateau scavoir depuis la Queue de Lizere à Grenoble ou ailleurs au besoin…
3.11.1691 : Honneste Michel Reynaud patron sur la rivière de Lizere du lieu de Nouarey confesse devoir et promet payer la somme de vingt six livres huit sols et s’oblige de faire des voytures avec un bateau depuis la Queue de Lizere à Grenoble ou ailleurs…
10.11.1691 : Reverant Père Louis Morel gardien du couvent de St François de Moyrand lequel à arrente par le présent à sieur Jean Paris sacvoir le dit révérant luy donne la permission de mestre dans un des greniers du couvent et cloytre chapitre et réfectoire comme aussi dans la grange du Gleron appartenant au dit couvent pour mestre et entreposer generallement tous les effaits des dits vivres et ce pour le temps de la campagne de l’année mil six cent nonante deux commencant le dit arrentement dès ce jour pour et moyenent le prix et somme de cinquante livres . Laquelle susdite somme le dit sieur Paris promet payer au dit couvent dans deux mois à compter de ce jour.
12.11.1691 : Jean Mollard patron sur la rivière de Lizere habitant Grenoble confesse devoir et promet payer à sieur Jean Paris la somme de cent vingt quatre livres dix sols et ce pour cause de la vente d’un bateau neuf et s’oblige à faire des voytures tant sur Lizere que sur le Rosnes.
Situation militaire fin 1691
D’après « de l’histoire de Savoie » de Victor St-Genis 1869 et le journal du siège de 1691 rédigé par M. de Chamousset publié par M. Ménabréa (Paris 1692)
En automne 1691, la mauvaise saison arrive, les alliés se replient derrière Turin pour les quartiers d’hiver. Le Piémont est vide de troupes Catinat en profite pour passer les Alpes avec son armée et arrive devant Montmélian. Les Français tiennent la Savoie depuis l’été 1690. les Savoyards n’aiment pas les Piémontais. Depuis François 1er ils sont régulièrement envahis et occupés par les Français chaque fois que le roi de France et le Duc de Savoie, qui réside à Turin, sont en guerre. Ils se sont rendus en bloque le 14 juin 1690, a condition de les laisser tranquille. Les Français les laissent donc tranquille malgré une contribution de guerre de 200 000mille livres payable à Grenoble dans un délai de trois mois( il est probable que cette contribution a été utilisée pour payer les étapiers du Dauphiné) Donc la Savoie est à peine occupée, les Français se contentent de mettre de solides garnisons aux grands cols qui commandent le passage en Italie. Il ne reste que la place forte de Montmélian : un éperon rocheux fortifié par des murailles médiévales croulantes contenant moins de deux cent hommes et deux ou trois canons avec peu de vivres et de munitions. Louvois est mort en juillet 1691. Plus personne ne s’oppose à Louis XIV qui décide pour redorer sa gloire militaire d’assiéger Montmélian en une grandiose opération et de faire remonter tout le matériel nécessaire par l’Isère. Si ce siège est désastreux pour les finances de l’Etat français, il est des plus profitable pour les traitants et les fournisseurs aux armées. « Depuis le mois d’août 1691 on n’avait fait que voiturer des poudres, des bombes et généralement tous les préparatifs d’un siège. Catinat était arrivé d’Italie fin septembre et avait installé son camp à un kilomètre de la ville. Ni Louis XIV, ni Vauban n’avaient daigné se déplacer pour un siège de troisième ordre. Seul l’ingénieur en chef Laporot soutenait Catinat. Bouchu et les Paris présents s’ignoraient. La ville capitula après une énergique résistance de 33 jours le 22 décembre 1691. Devant 40 000 soldats armés jusqu’aux dents, il sortit 198 hommes mourant de faim tirant après eux trois canons. L’armée française les accueillit par des vivats et Catinat ne laissa partir ces braves qu’après les avoir fêtés pendant deux jours » (Saint-Genis)
Tout le monde était content sauf Bouchu. Les traitants avaient fait de bonnes affaires, les Savoyards s’étaient conduit en héros, et les Français avaient réussi leur siège. Les Paris s’étaient fait un nom, ils étaient connus et estimés de la banque protestante genevoise, mais ils s’étaient fait en même temps deux ennemis : l’intendant Bouchu et ses amis traitants du bureau du ministère des finances.
Après le siège de Montmélian, les Paris sont devenus beaucoup trop puissant pour que l’intendant du Dauphiné, Bouchu, les élimines, il doit composer avec eux. Jean Paris et ses deux fils Antoine et Claude, restent entrepreneurs des étapes, ils sont les plus importants transporteurs entre Genève-Lyon -Grenoble et Arles. Les deux cents bateaux (gabares) qu’ils ont fait construire l’hivers 1691 leur appartiennent ainsi que les relais qu’ils ont installés sur l’isère. Ils contrôlent la majorité des ouvriers et des patrons bateliers. Pour le financement de leurs affaires, ils ont du crédit auprès de Samuel Bernard et les banquiers protestants suisses de Lyon, ainsi que des receveurs généraux de Lyon et Grenoble, et en 1692, ils sont chargés de la fourniture du pain des troupes en campagne dans le Bas-Dauphiné et dans les provinces du Languedoc et de Provence. La même année Antoine Paris est nommé par Jean Orry munitionnaire, directeur de la fourniture des fourrages du camp du Sablon ; Camp qui se trouvait à la hauteur du pont du Sablon, sous les remparts de Grenoble ; là se trouvait le grand magasin et les dépôts de l’intendance des armées. ( Mme Claude Fegueux : Le Renouillard n°14)
La navigation sur l’Isère
La rivière Isère issue d’un glacier au pied des Aiguilles Rousses, en amont de Val d’Isère, a une longueur de 290 Km De Montmélian à Grenoble, la pente moyenne du dit lit est de 1 m par km Son débit est variable allant du plus bas étiage estimé à 64m cubes seconde, à la crue millénaire de plus de 2000m cubes seconde. Son débit moyen est de 360m cubes seconde à son confluent avec le Rhône. L’Isère a été une des rivières navigables de France, de Montmélian au Rhône, la plus parsemée d’écueils, et par conséquent une des plus périlleuses pour la navigation. Les meilleures conditions de navigation se rencontraient vers le 15 mars jusqu’à la fin mai ; reprenait en juillet jusqu’à la fin novembre, soit 230 à 260 jours par an.
Au moyen âge antérieurement au 14e siècle aucun renseignement, mais la navigation existait. On dut acquérir la technique d’assembler les bois en tronchis ( en grumes) par liens les uns aux autres en train de bois, ce qui permettait d’embarquer d’autres marchandises et des hommes pour la conduite des razets ( radeaux) ainsi constitués. L’outillage se perfectionnant, on eut, en évidant les troncs d’arbres, les premières embarcations, puis les premières barques à fond plat adaptées à la rivière. La remontée de ces embarcations se faisait par halage, chevaux, mulets ou bœufs. Il devait exister à Grenoble trois ports principaux ou plutôt aménagement des rives pour recevoir les radeaux et bateaux. 1 petit port, sur la rive gauche (pont de la citadelle) le port de la Madeleine, sur la rive gauche (place de Berule) le port de la Roche, le plus important, sur la rive droite (pont Marius Gontard, pied du Rabot) (Source : A.D.I 2 J 697. Les Nautes bateliers sur l’Isère : Emile Gardet)
Une entreprise de navigation fluviale Rhône Isère en 1711
En 1711 messieurs Bastet et Barbassat étaient « entrepreneurs de voitures par eau des vivres pour l’armée du roi en Dauphiné » Ils avaient la concession de l’approvisionnement par voies fluviales des troupes stationnées en Dauphiné. Il s’agissait de la fourniture de céréales se prêtant bien au transport fluvial. La province ne comptait qu’un fleuve navigable, le Rhône, des environs de Lyon à Montélimar. Il faisait frontière entre le Dauphiné et les autres provinces. Les grandes régions céréalières de trouvant au nord de Lyon ; M. Barbassat qui était chargé des achats s’approvisionnait dans cette ville. Il faisait charger les grains sur des bateaux qui descendaient le fleuve sans difficulté jusqu’à l’embouchure de l’Isère, un peu au nord de Valence. Là, à un endroit qui se nommait Queue de l’Isère, était installé un petit port comprenant des entrepôts et des berges aménagées ou pouvaient stationner plusieurs barques. En effet, si une partie des céréales continuait à descendre le Rhône pour approvisionner les troupes de Valence à Montélimar, la plupart était déchargée pour être rechargée sur des bateaux plus petits qui avaient la tâche difficile de remonter l’Isère jusqu’à Grenoble ou résidait M. Bastet. L’entreprise ne disposait que de quelques bateaux, la plupart étaient affrétée à des bateliers.
La navigation sur le Rhône était relativement paisible de Lyon à Vienne puis Tournon. Après, le fleuve franchissait une première difficulté, le passage de Maures et de Roche de Glun, puis en face de l’embouchure de l’Isère apparaissait Châteaubourg sur un rocher isolé. La navigation continuait sans trop de danger jusqu’à Valence puis Ancône, le port de Montélimar, dernière étape pour l’approvisionnement des troupes stationnées en Dauphiné. La remontée du fleuve était moins aisée, les bateaux se groupaient par cinq ou six formant alors des trains qui étaient halés par des attelages de vingt à quarante chevaux sous les ordres d’un patron. Il fallait compter huit jours pour remonter de Valence à Lyon. Le chemin de halage, établi sur une des rives du fleuve était d’une largeur d’environ huit mètres, d’après une ordonnance de 1669. Les propriétaires étaient tenus d’abattre tous les arbres, haies et clôtures qui se trouvaient à une distance d’environ dix mètres du « bord franc » du fleuve dans la partie empruntée par le halage, d’environ trois mètres sur le bord opposé. La navigation sur l’Isère n’était pas possible en toute saison et sa remontée présentaient de nombreuses difficultés. L’Isère était plus un torrent de montagne qu’un cours d’eau navigable. Entre Izeron et Romans la rivière coule dans une gorge quelquefois si étroite qu’il n’avait pas été possible d’aménager le chemin de halage près du bord. Il se trouvait alors sur la falaise dominant parfois la rivière de quarante mètres ce qui nécessitait l’utilisation de cordes de halage appelées mailles allant jusqu’à trois cent cinquante mètres de long et pesant environ huit cent kilos. La remontée de l’Isère se faisait normalement en convoi de trois ou quatre bateaux escortés d’une barque servant à faire passer les cordages et les bœufs, que l’on préférait aux chevaux, d’un côté à l’autre de la rivière. En effet, la topographie était telle que le chemin de halage changeait fréquemment de rive, ce qui obligeait les équipages de bœufs à de fréquentes traversées de la rivière sur des bacs (5 entre Romans et Grenoble.) Les bœufs au nombre de vingt quatre pour tirer la première barque, un peu moins pour les suivantes, tiraient pendant trois à quatre heures avant de s’arrêter pour paître et se reposer. Ce cycle, alternant travail et récupération, commençait au lever du jour pour se terminer au crépuscule. Il fallait de méfier des bancs de rochers qui en certains endroits occupaient une partie du lit. Tout cela faisait que l’Isère était peu fréquentée dans la sens de la montée, si ce n’est par des embarcations remontant le sel jusqu’en Savoie. Les marchandises transportées par voie fluviale pour l’approvisionnement des troupes consistaient essentiellement en céréales. Il est fait mention de deux types de céréales : le blé ou bled normal et le bled de Barbarie. Occasionnellement quelques tonneaux d’eau de vie et quelques balles de sucre furent acheminés à Grenoble. Le tonnage transporté par chaque bateau n’était jamais mentionné, par contre le prix payé aux portefaix pour décharger ou charger les bateaux était presque toujours indiqué. Les gros bateaux venant de Lyon transportaient de cinquante à quatre vingt dix tonnes de blé tandis que les bateaux allant à Grenoble ou bien ceux chargés pour Montélimar n’en transportaient qu’environ cinq à dix tonnes. La quantité totale de blé qui transitera par Queue d’Isère en 1711, pour cette entreprise, sera de mil cinq cent tonnes et cent soixante dix bateaux chargeront ou déchargeront leur marchandise entre début février et début octobre 1711. Beaucoup de travaux et en particuliers les plus courants tels que chargement et déchargement des sacs sont payé à la tâche, une livre pour cent sacs chargés ou déchargés.
(Sources : François Galland, représentant M.M. Bastet et Barbassat à Queue d’Isère, d’après un comte rendu très détaillé sur ses activités afin de justifier ses dépenses durant l’année 1711. relevé par André Bœuf : Généalogie et Histoire n° 100)
Estat des isles, islots, atterrisement, acroisement, droit de peches, péages, passagers, bacs, bateaux, pont moulins et autres ediffices de la rivière d’Izere et du fleuve du Rhone.
Du 7 novembre 1694 : Bac ou bateau Pont de la Gache à Pontcharra avec péage (180 livres de revenu) Pont et péage de Goncelin (90 livres) Bac ou bateau de Tencin ( 40 livres) Bac ou bateau de Crolles à Froges (dame de Vineu 40 livres) Bac ou bateau de la Combe de Lanay appelé de la Bastie (M. Francon 50 livres) Bac ou bateau de Domaine (M. de Bouchenu 70 livres) Bac ou bateau de Giere ( Sr Chaboud 70 livres) Bac ou bateau de Sassenage (250 livres)plus petit péage consistant en une livre de pierre pour radeau seulement Bac ou bateau de Voreppe à Vourey ( M. de Saint Ours 240 livres) Bac et bateau de Moirans à Saint Quentin (M. Estienne Treillard 20 livres) Péage de Saint Quentin (Sr de la Marcousse et de Beaumon) à l’egard de douze onces de pierre pour radeau seulement (70 livres) Bac ou bateau avec péage de Tullins à Saint Quentin ( des particuliers) Péage d’Azemieu et Saint Geonaire, radeau fuste ou bateau chargé (40 livres) Bac ou bateau la Rivière (Mme de Virieu 36 livres) Bac et bateau à Heillioz et Izeron (M. de Sassenage 100 livres) Bac et bateau Beaucoir en Royans (150 livres) Bac et bateau de la Sonne (100 livres) Bac et passage Saint Nazaire et Rochebrune (marquis de la Baume 1200 livres) Bac ou bateau de Saint Latier (M. de la Porte Lartaudiere) plus péage Bac ou bateau et péage Pisançon et Chavagnieu proche Romans (M. de Pisançon 2000 livres) Péage sur l’Izere à Romans 2000 livres possédés par la Charité de Romans Péages et autres droits sur le pont de Romans (Abbé de Cessein 5000 livres) Port et bateau de Chateauneuf d’Izere (Mgr l’eveque de valence 400 livres) (source : A.D.I 2 C 604 )
Souvenirs de Claude Paris
« En 1692 nous fumes continues mon père et nous dans nos trois directions des vivres, nous fumes chargés de plus par un traitté particulier de la fourniture du pain aux troupes qui estoient en garnison pendant les six mois de Campagne dans le Bas Dauphiné et dans les provinces de Languedoc et de Provence et feu M. Orry qui avoit entrepris la fourniture des fourrages du camp du sablon y nomma pour directeur mon frère aisné.
En 1693 la disette des grains se fit sentir vivement dans le Dauphiné… nous fumes appellés à une assemblée que M. Bouchu intendant de Grenoble convoqua chez lui… Ceux qui la composoit du nombre desquelles nous étions convirent de faire un fond gratuit pour le secours de la province, je fus désputé pour aller à Marseille et pour tirer des costes d’Italie et des echelles du levant une grand quantité des bleds pendant que mon père et mon frère aisné disposeroient les voitures pour le transport de ces grains en conciliant les besoins du service des vivres avec ceux de la province de manière que ces deux objets ne puissent souffrire l’un de l’autre…Les magazins furent continuellement fournis par la mesme voye jusqu’à la récolte de 1694 et l’on dut encore la facilité du transport de tous ces grains à notre établissement de batteaux sur l’Izère. Il y eut vingt huict mille livres de pertes dans cette opération, parce que les magazins ayant été entre tems jusque à la récolte pour assurer la subsistance de la province, on ne vendit les derniers grains que trente cinq sols le bichet ; mais comme il n’etoit pas juste que des particuliers qui avoient entrepris sans interet de secourir leurs concitoyens dans un tems de disette, on fissent de la perte, les vingt huit milles livres furent imposées sur le pays en vertu d’un arrest du Conseil qu’obtinrent les soins de M. Bouchu. »
Maître Lovat,( notaire de Moirans A.D.I 3 E 1976) 31.12.1692 : Jean Gauy hoste du Logis de la Fleur de Lis de Moyrans confesse avoir receu la somme de neuf cent cinquante livres et tout présentement celle de quarante cinq livres réellement et comptant en bonnes espèces au veu de moy notaire et tesmoins de sieur Jean Paris commissaire des vivres pour l’armée d’Italie pour la vente de trente deux perches de foin que le dit confessant à vandu et deslivré au dit Sr Paris en l’année mil six cent nonante un dernier au prix de vingt deux livres six sols quatre deniers la perche.
Maire perpétuel
Les offices de maires ont été crées par Pontchartrain en 1692. C’est une affaire extraordinaire, c’est à dire un impôt supplémentaire où l’on s’efforce de faire payer les riches, car la taille rentre mal, et les impôts indirects sont d’un rendement encore plus mauvais ; avec la fuite des protestants, la guerre, le manque de monnaie métallique, le commerce local est dans un état déplorable. Comme toujours en pareil cas, l’affaire de la vente des offices est donné à ferme à une compagnie de traitants. La compagnie avance l’argent au roi et se rembourse avec intérêt et bénéfice sur les offices qu’elle vend. En dehors des intérêts et des exemptions liées à tout office : taille, gués, logement des gens de guerre etc., celui de maire n’est pas d’un grand rendement. Il n’anoblit pas comme les offices de secrétaire du roi, et il ne rapporte pas d’argent comme les offices de notaire, procureur ou hui






