50076 - Bréhal - article Renault

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Bréhal dans l'«Annuaire de la Manche» 1854 par M. RENAULT.


Bréhal, Brahal, Breha

Lorsque je visitai l’église de Bréhal, il y a plusieurs années, l’administration la faisait abattre, afin de la remplacer par une autre plus vaste.

Le caractère architectonique de la nouvelle église est roman ; les fenêtres et les portes sont cintrées.

La nef et le portail de l’ancienne église étaient du XI° siècle, et appartenaient à l’architecture romane. Le portail, très curieux, a été impitoyablement détruit, quoique le Conseil Général du département l’eut pris sous sa protection, et l’eut recommandé à la sollicitude du Ministre de l’intérieur.

Le chœur, qu’on a détruit plus tard, était du XIII° siècle. Les arceaux croisés de sa voûte en pierres tombaient sur des colonnes, garnies de chapiteaux à volutes simples. Ses fenêtres à ogive étaient étroites, allongées et sans ornements.

Le mur absidal était droit.

D’après le plan de la nouvelle église, la tour en formera le chevet, et la sacristie sera placée dans l’étage inférieur de cette tour.

J’ai relevé sur les cloches les inscriptions suivantes :

L’AN 1831, J’AI ETE BENITE

PAR M. FRANCOIS NOEL, CURE DE CE LIEU,

ET NOMMEE NATALIE LUCIE GENEVIEVE

PAR M. LE BARON BROHON, MAIRE DE BREHAL,

ET MADAME LUCIE MADELAINE LEMONNIER


L’AN 1831, J’AI ETE BENITE

PAR M. FRANCOIS NOEL, CURE DE BREHAL

ET NOMMEE MARIE ELISABETH ESTELLE

PAR M. GALLIEN DUPARC

ET MADEMOISELLE ESTELLE RENAUDEAU


L’église est sous le vocable de Notre-Dame. Elle payait une décime de 34 livres, dépendait de l’archidiaconé de la chrétienté et du doyenné de Cérences. Le patronage appartenait à l’abbaye de Hambye, qui nommait à la cure. Ce fut Foulques Paynel, un des fils du fondateur de l’abbaye, qui la lui donnat avec tout ce qui en dépendait.

On trouve comme seigneurs de ce fief :

Guillaume de Tournebut confirma à l’abbaye de Hambye le patronage de l’église de Bréhal et toutes les dimes de la paroisse, notamment celles de la terre de Foulques de Chanteloup, qu’on appelait le fief au Sénéchal.

Dans le cours du XIII° siècle, et malgré tous les actes confirmatifs qu’avait obtenus l’abbaye, le patronage de l’église de Bréhal lui était contesté. Contentio est de jure patronatus, dicunt quidam quod pertinet ad abbatem de Hambeya, alii negant.

Le curé, dans le XIII° siècle, était seul décimateur. Le casuel appartenanit au vicaire, et lui valait XXXVI livres.

L’abbaye de Hambye dut rester en possession du patronage de l’église de Bréhal, car on lit dans un aveu de l’année 1327 : « L’abbé et couvent de Hambye tient en la paroisse de Bréhal une portion de franc fié qui leur fut donné et ausmoné des seigneurs du lieu dont le revenu vaut bon an mal an XXIV livres et sont les dits religieux patrons de l’église de la dite ville qui vaut au dixiesme 40 livres. »

FAITS HISTORIQUES : Suivant une ancienne tradition, à l’appui de laquelle je n’ai trouvé aucun fait, il y aurait eu à Bréhal, sur l’emplacement du cimetière actuel, une maison religieuse de femmes. Ce couvent aurait été pillé plusieurs fois par des pirates ou des hommes du Nord, qui débarquaient sur le littoral voisin. Alors, pour le soustraire au pillage, on l’aurait transporté à Hambye, suivant les uns, à Mortain, suivant les autres. Il est vrai qu’on a trouvé dans le cimetière quelques vieilles constructions ; mais elles appartenaient bien plutôt à une ancienne grange de dîme, batie sur cet emplacement, qu’à une maison religieuse remontant au VIII° ou IX° siècle. D’ailleurs, les constructions étaient trop restreintes pour être celles d’une abbaye.

Sur les listes des barons normands qui allèrent à la conquête de l’Angleterre, figure le sire de Bréhal.

On trouve plus tard Richard de Bréhal, Thomas de Bréhal et Jean de Bréhal. Ce dernier fut un des juges chargés par Charles VII de réviser le procès de Jeanne d’Arc, et de réhabiliter la mémoire de cette héroïne.

Dès l’époque des ducs de Normandie, la famille Paynel possédait les seigneuries de Bréhal et de Hambye ; car on lit dans le livre des fiefs du roi Philippe-Auguste : Fulco Paganellus Hambeiam et Brehal tenet de domino regis, et in illis non percipit rex aliud nisi graveriam suam.

Vers l’année 1140, Foulques Paynel donna à l’abbaye de Hambye la dime de la foire de Bréhal : et decimam numinorum meorum de Brehal in foro ejusdem villae.

Guillaume Paynel, son fils, aumôna la même abbaye de vingt quartiers de froment à prendre sur ses moulins de Bréhal, dont elle avait déjà toute la dime : vigenti quarteria frumenti in molendinis meis de Brehal.

Foulques Paynel lui donna encore la dime de ses marais de Brehal : totam decimam in marescis meis de Brehal.

Brehal devint le chef-lieu d’une baronnie , et le fief, qui en était le siège, appartenait au duc de Longueville. Dans le cours du XVII° siècle, ce fief s’étendait sur toutes les paroisses de Bréhal, de Bourrey et de Hauteville-sur-Mer, et en partie seulement sur celles de Hudimesnil, du Loreur et de Cérences. C’était Olivier Le Bois, conseiller au bailliage présidial de Coutances, qui en était le sénéchal.

Lorsque les trois ordres du bailliage du Cotentin se réunirent, en 1789, le prince de Monaco figura dans cette grande assemblée comme seigneur de Bréhal et des fiefs situés à Hambye, à Bourrey et au Loreur. Il y fut représenté par le chevalier Charles d’Auxais, capitaine d’infanterie.

Bréhal est aujourd’hui le chef-lieu d’un canton, le siège d’une justice de paix, et la résidence d’une brigade de gendarmerie. Il a plusieurs foires annuelles et un marché hebdomadaire. Je n’ai pu me procurer aucun renseignements sur le château de Bréhal. On ne sait pas même d’une manière certaine où était son emplacement.

L’habitation nommée le Mesnil, et qui figure sur la carte de Cassini, appartient à M. le baron Brohon, maire de Bréhal, membre du Conseil-Général, et inspecteur cantonal de l’Association normande. La famille Brohon pourrait être d’origine anglaise, si Brohon et Brown sont le même nom. La terre nommée la Brohonnière, dans la paroisse de Coudeville, et qui a du appartenir à cette famille à une époque fort éloignée, puisqu’elle en a pris le nom, donnerait à penser que peut-être cette terre fut le berceau de la famille Brohon.

Cette famille, d’origine bourgeoise, mais vivant noblement, est établie dans le pays dès le XV° siècle, car le mariage de l’un de ses membres remonte à 1450. Elle a donné plusieurs conseillers du roi au bailliage de Coutances. On trouve dans les siècles suivants :

  • Jean Brohon, médecin et astrologue distingué.
  • Paul-François Brohon, sieur de Boisval, lieutenant en la vicomté de Granville.
  • Anne-François Brohon, sieur de Boisval, président à l’élection de Coutances.
  • Jacques Brohon, sieur de Courbeville.
  • Paul-Jacques-René Brohon. Il épousa Guillemette-Françoise Gosselin.
  • Auguste-François Brohon, un de leurs fils, fut lieutenant-général civil et criminel au bailliage de Cérences, et fit partie du conseil des Cinq-Cents.

Un autre de leurs enfants, Paul-Bernard Brohon, devint baron sous l’Empire. Il est décédé, en 1844, chevalier de la Légion d’Honneur, maire de Bréhal et Conseiller-Général. Il a laissé la réputation d’un homme fort intelligent, et doué par la nature d’une grande finesse d’esprit.

Les armes de la famille Brohon, depuis qu’elle jouit du titre de baron, sont : Coupé : au premier d’or au chevron alesé d’azur ; au deuxième d’azur au pélican d’argent, becqué d’or, sa piété d’argent.